Autoroute A64 : un retour des agriculteurs sur leurs terres après un demi-siècle
Un grand reportage diffusé le 1er juillet 1976 mettait en lumière les inquiétudes des agriculteurs alors que les travaux de l'autoroute débutaient parallèlement à la Nationale 117. Ce défi de remembrement résonne fortement aujourd'hui, alors que les tracteurs bloquent l'axe autoroutier. Cinquante ans après avoir été délogés de leurs terres pour la construction de l'A64, la crise liée à la Dermatose nodulaire contagieuse a réinstallé les paysans sur ces hectares d'emprise foncière.
Une autoroute coupée et un clin d'œil historique
L'autoroute, qui relie Bayonne à Toulouse, est actuellement coupée depuis vendredi entre Briscous (sortie n° 3) et Montréjeau, en Haute-Garonne (sortie n° 17), ainsi qu'au niveau de Muret (n° 35) en direction de Toulouse. Cette situation rappelle les réticences rurales nées lors de la construction de la grande autoroute dans les années 1970 et 1980. Les débats entre promoteurs et défenseurs du paysage étaient déjà vifs, comme en témoigne un documentaire de FR3 intitulé « Vivre avec l'autoroute », retrouvé sur le site de l'INA.
Tourné en 1976, ce reportage montre des automobilistes et routiers lassés des embouteillages sur la RN 117, puis donne la parole aux agriculteurs soucieux de préserver leur production. Les préfectures étaient en première ligne, avec des réunions initiées par le ministère de l'Équipement à Pau, Bayonne, Dax, Peyrehorade et Orthez pour recueillir l'avis du millier d'habitants menacés d'expropriation, dont de nombreux agriculteurs.
Les préoccupations des agriculteurs d'hier et d'aujourd'hui
Un maire rural de l'époque déclarait : « Nous avons été appelés en consultation à la sous-préfecture et je me suis opposé avec force à ce projet, et le tracé a été effectivement modifié. » Un responsable de l'Équipement expliquait que sur Orthez-Soumoulou, neuf communes avaient opté pour un remembrement important de 3 000 hectares sur trente kilomètres, visant à faciliter l'économie agricole. Cependant, les agriculteurs exprimaient des doutes, comme ce paysan béarnais qui soulignait : « Il y a le caillou, l'argile, la bonne terre. Elles ne sont pas du tout égales. »
Une habitante de Labastide-Monréjeau pensait à la transmission future de son exploitation : « Ici, nous faisons le remembrement. Heureusement, ça va nous permettre de garder la terre pour le gosse qui va la travailler. Mais sur Denguin, on a fait le remembrement il y a dix ans donc il n'est pas refait. Et là, la terre qu'on nous prend, elle est perdue. » Cette inquiétude a conduit à des ajustements du tracé grâce à un syndicat de défense des exploitants.
Un autre agriculteur s'inquiétait de la division des villages : « Il est certain que cette autoroute va prendre un certain nombre de terres agricoles. Il y a un autre problème : le village va être coupé en deux, entre les terres labourables au nord de l'autoroute et le reste du village au sud. » Des communes comme Denguin, Lahontan, Sames, Guiche et Urt ont dû s'adapter, avec la dernière portion de l'A64 entre Pau et Bayonne achevée en 1991. Le sol de Biron, creusé pour la construction, a été transformé en base de loisirs : le lac d'Orthez-Biron.
Aujourd'hui, le blocage de l'A64 par les agriculteurs souligne la persistance de ces enjeux fonciers et agricoles, un demi-siècle après les premières expropriations.



