Un agriculteur lot-et-garonnais résiste à l'expropriation pour une piste cyclable
Alors que les travaux de la future voie verte entre Villeneuve et Penne-d'Agenais ont débuté sur des parcelles appartenant à la Communauté d'agglomération du Grand Villeneuvois et à la SEM 47, Emmanuel Aze, exploitant agricole des Vergers de Saint-Sulpice, ne baisse pas les bras. Propriétaire des lieux, il a déployé une banderole visible depuis la route et espère toujours faire dévier le tracé pour qu'il évite de traverser sa ferme.
Une procédure d'expropriation en suspens
« Le dossier est toujours en cours d'instruction auprès du tribunal administratif de Bordeaux », explique l'agriculteur. En septembre dernier, le préfet de Lot-et-Garonne, Daniel Barnier, a pris un arrêté déclarant cessibles par voie d'expropriation les parcelles nécessaires à la création de la piste cyclable. Depuis, ce dernier est parti et l'arrêté n'a toujours pas été exécuté.
« Ils avaient six mois pour l'exécuter… On n'arrive pas loin de la date limite. Le péril est imminent », alerte Emmanuel Aze, qui se refuse à voir passer dans une partie de la cour de sa ferme la future voie verte, dont le tracé est intimement lié aux berges du Lot.
Des impacts concrets sur l'exploitation agricole
Le projet entraînerait également la destruction d'un des bâtiments situés sur l'exploitation. « Aujourd'hui, ce bâtiment, on en a besoin. On compte le rénover pour y abriter nos porte-greffes l'hiver », précise-t-il. Quant à la partie de la cour qui serait enlevée, elle sert à préparer le substrat pour les cultures, ainsi qu'au chargement et déchargement.
« On a besoin de tous nos moyens pour continuer à nous développer », insiste l'exploitant. Depuis 2010, année durant laquelle avait été pensé le tracé de la voie verte, la situation des Vergers de Saint-Sulpice a considérablement évolué. Emmanuel Aze consacre désormais son activité à la culture de l'asiminier, une plante fruitière.
Un enjeu économique et politique local
« Aujourd'hui, nous sommes leaders sur le marché français et belge, et sûrement en Allemagne l'année prochaine », affirme le pépiniériste, qui a donc décidé de lancer un dernier appel « à une issue raisonnable ». Il souligne : « Oui, les travaux ont démarré, mais il reste encore la possibilité de contourner ma propriété. »
Le sujet s'est depuis invité dans le débat public local, notamment lors de la campagne des municipales. Thomas Bouyssonnie l'a même inscrit dans son programme, prônant la solution de « la faire démarrer depuis Saint-Sulpice et y connecter une piste cyclable vers les zones économiques ».
Cette affaire illustre les tensions entre développement des infrastructures de mobilité douce et préservation des activités agricoles, dans un contexte où les projets de voies vertes se multiplient pour favoriser le tourisme et les déplacements écologiques.



