Un accident du travail grave devant la justice à Bayonne
La coopérative agricole Lur Berri et le directeur de son usine d'Aicirits-Camou ont comparu ce mardi 17 mars devant le tribunal judiciaire de Bayonne. Ils sont poursuivis pour blessures involontaires suite à un accident du travail survenu en octobre 2023, où un jeune intérimaire a failli perdre sa main. Le parquet a requis des amendes significatives contre les deux parties.
Un drame évité de justesse dans une machine à effeuiller le maïs
Le 10 octobre 2023, Arnaud (prénom modifié), un intérimaire de 20 ans employé depuis seulement dix jours chez Lur Berri, intervient sur une machine d'effeuillage de maïs dans l'usine basque. Alors qu'il tente d'enlever des feuilles coincées, son gant est happé par les rouleaux, entraînant sa main à l'intérieur de l'équipement. Pendant deux longues minutes, il appelle à l'aide, seul face à la machine. Son pouce est fracturé et un nerf endommagé, nécessitant une opération d'urgence à la clinique d'Aguilera.
Des manquements graves en matière de sécurité et de formation
Selon le témoignage de l'intérimaire, il n'avait reçu aucune formation spécifique de la part de l'entreprise, se contentant de reproduire les gestes observés chez ses collègues. L'Inspection du travail a pointé du doigt plusieurs défaillances : l'absence de grille de protection sur la machine datant de 1999, la rendant non conforme, et une formation insuffisante des nouveaux employés. En période de haute saison, les chefs d'équipe devaient gérer un important roulement d'intérimaires.
Une réponse judiciaire et des mesures correctives
La procureure Caroline Parizel a requis 5 000 euros d'amende avec sursis pour le gérant de l'usine et 10 000 euros contre la coopérative Lur Berri. Elle a dénoncé des « dysfonctionnements qui ont entraîné un accident inévitable » et « un problème d'organisation de l'entreprise ». Peu après l'accident, une grille de protection a été installée, et Lur Berri a engagé des travaux de mise en conformité ainsi que des formations renforcées.
Défense et délibéré
L'avocat de la défense, Me Fabrice Dubest, a plaidé la relaxe en s'appuyant sur des arguments techniques du Code du travail. Le ministère public a rétorqué : « On sait qu'il ne faut pas mettre les doigts dans la prise. Vous ne mettez pas votre main dans une machine industrielle en mouvement ! » La décision du tribunal a été mise en délibéré au 5 mai, laissant planer l'incertitude sur l'issue de cette affaire qui soulève des questions cruciales sur la sécurité au travail dans le secteur agricole.



