En Lot-et-Garonne, 15% des maires sont agriculteurs et défendent la ruralité
Dans le département du Lot-et-Garonne, une proportion significative de maires sont agriculteurs en activité. Selon les estimations de l'Association des maires de Lot-et-Garonne, ce chiffre atteint 15%, dépassant ainsi la moyenne nationale qui s'établit à 11,6% selon les données du Centre d'étude de la vie politique de Sciences Po. Lorsqu'on inclut les retraités agriculteurs, cette représentation monte même à 20% au niveau local.
Des maires-paysans engagés pour leur territoire
Guillaume Pouliquen, maire d'Agnac, et Patrick Roux, maire de Beauville, illustrent parfaitement cette réalité. Tous deux éleveurs laitiers, ils cumulent leur métier exigeant avec leur fonction d'élu, un « sacerdoce » selon leurs propres termes. À Agnac, étendu sur 1 384 hectares, Guillaume Pouliquen a fait installer quatre panneaux présentant la charte d'accueil du village : « Ici, nous avons des cloches qui sonnent, des coqs qui chantent, des chiens qui aboient, des animaux à proximité. Nos enfants jouent, des agriculteurs travaillent pour nous donner à manger. Si vous supportez tout cela, nous sommes heureux de vous accueillir. »
Patron de ce territoire vallonné qu'il surnomme « le Beverly Hills d'Eymet », l'élu veille sur ses administrés depuis son fauteuil de maire et sur ses vaches depuis son tracteur. La double casquette est parfois lourde à porter, mais il considère que les agriculteurs ne doivent pas rester dans leur grange et doivent peser sur le schéma politique local.
Défendre la ruralité face aux institutions
Patrick Roux, qui a reçu l'écharpe tricolore en décembre 2021, insiste sur l'importance de redonner de la vie aux centre-bourgs : « Notre campagne n'est pas qu'un musée. Certains l'oublient. Mais elle doit exister culturellement. La campagne appartient à tout le monde. Et je suis maire pour défendre tous les habitants de ma commune. »
Les deux élus soulignent l'importance de siéger au sein des Agglomérations et Communautés de communes, qui détiennent parfois les compétences voirie et autres aménagements urbains. « Il faut défendre nos territoires. Peser lorsque des choix économiques sont pris et en désaccord avec nos contraintes », insiste Guillaume Pouliquen. Patrick Roux abonde : « Au sein de l'Agglomération d'Agen, on a parfois un peu de mal à faire entendre la voix agricole et celle de la ruralité. »
Une charge mentale importante mais assumée
Dans leur village, ces maires-paysans sont à la fois médiateurs, parfois même infirmiers et psychologues. « Mes vies privée et publique sont intimement liées. Oui, je sacrifie ma vie personnelle », reconnaît Guillaume Pouliquen. Le téléphone de Patrick Roux ne cesse jamais de sonner, une charge mentale dont il s'accommode en gérant la mairie presque comme il gère sa ferme.
Pour la commune de Beauville, l'équipe municipale a racheté le bâtiment du Crédit agricole pour le transformer en boulangerie, dans le but de conserver le dernier distributeur de billets du village. À la ferme, la famille Roux a investi dans un laboratoire de transformation et de fabrication de yaourts, se spécialise dans la recherche de vieilles variétés de blé, et projette de développer un moulin.
Une représentation encouragée par les syndicats agricoles
Cette représentation non négligeable des agriculteurs dans les mairies est souhaitée par certains syndicats agricoles, qui poussent leurs adhérents à s'engager en politique. « Il y a une différence entre celui qui vit la ruralité et celui qui la travaille », explique Guillaume Pouliquen. « À titre d'exemple, le chemin communal que l'on se partage. Nous n'avons pas les mêmes attentes : pour certains c'est un lieu de loisir, pour d'autres, un outil de travail. Il est important, dans ces cas-là, d'être dans le dialogue, d'expliquer. »
Et parfois, de plaider la cause de son métier : « Pour l'entretien des paysages, des forêts d'un territoire, l'agriculteur doit être écouté dans une commune rurale », estime le maire d'Agnac. Sans surprise, Guillaume Pouliquen et Patrick Roux sont candidats à leur succession en mars prochain. Et sauf tempête, ils devraient être réélus : tous deux ne souffrent d'aucune concurrence dans leurs communes respectives.



