Théâtre de mars : une sélection éclectique pour éclairer les esprits
Théâtre de mars : une sélection éclectique pour éclairer les esprits

Une programmation théâtrale riche pour illuminer mars

L'actualité semble morose ? C'est précisément le moment idéal pour se réfugier dans l'univers captivant du théâtre. Notre sélection pour ce mois de mars vous propose un voyage à travers des textes puissants, allant des classiques de Dostoïevski et Schopenhauer aux œuvres contemporaines de Lagarce, sans oublier l'héritage de Victor Hugo et Juliette Drouet. Ces pièces solides, souvent teintées d'une subtile dose d'humour, offrent une profondeur intellectuelle rare. Pour ceux qui cherchent avant tout à se divertir, nous avons intégré des spectacles chantés et dansés qui, loin d'être superficiels, invitent également à la réflexion. Suivez notre guide pour découvrir ces pépites culturelles.

Les Nuits blanches : une adaptation magistrale de Dostoïevski

Ronan Rivière adapte avec brio le texte de Dostoïevski, traduit par Ely Halpérine-Kaminsky, pour créer une expérience scénique remarquable. L'histoire suit un fonctionnaire rêveur qui tombe éperdument amoureux de Nastenka, une jeune femme rencontrée par hasard. Le dilemme ? Elle attend un autre homme, dont l'existence même semble incertaine. Quatre nuits durant, sous la lumière d'un lampadaire sinistre, ces deux âmes solitaires partagent leurs rêves et leurs craintes, menant à un rapprochement inévitable. La simplicité du dispositif scénique, avec un décor évoquant un film soviétique signé Antoine Milian et des airs de Rachmaninov joués au piano par Olivier Mazal, renforce l'intensité émotionnelle. Laura Chetrit incarne une Nastenka vibrante et involontairement cruelle, face à un Ronan Rivière interdit et confus. Un spectacle gracieux et profondément slave, à applaudir sans réserve.

Les règles du savoir vivre dans la société moderne : le rire libérateur de Lagarce

En 1992, Jean-Luc Lagarce transformait un manuel de savoir-vivre en un texte théâtral jubilatoire. Catherine Hiegel, magistrale dans la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo, communique avec une drôlerie et une obscénité décapantes les règles qui régissent chaque étape de notre existence, de la naissance à la mort. Son ton détaché, semblable à celui d'une baronne expliquant l'usage des couverts à poisson, provoque un rire grandissant dans le public. En une heure et quart, une vie ordonnée, bienséante et conforme défile, créant un vertige existentiel ou déclenchant un fou rire libérateur. Une performance qui questionne avec acuité les normes sociales.

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Barber Shop : la découverte du chant a cappella

Connaissez-vous le Barbershop, ce style de chant a cappella né dans les échoppes de barbiers américains des années 40 ? Un quatuor composé de Marie-Cécile Robin-Heraud, Xavier Vilsek, Clémence Paquier et Guillaume Nocture (en alternance avec Damien Dufour) vous invite à découvrir ce genre musical méconnu à travers un show irrésistible. Ils interprètent avec virtuosité des mélodies issues de génériques d'émissions populaires comme Sesame Street, dotées de paroles désopilantes en français. Entre chaque numéro chanté et dansé, des sketchs malicieux ajoutent une touche burlesque. Mis en scène par Sophie Forte, ce spectacle de grande qualité est un véritable enchantement.

Je(s) : la musique traduite en mouvements chorégraphiques

La metteuse en scène Jennifer Lesage-David et la comédienne Emmanuelle Laborit proposent un spectacle inclassable explorant le chansigne, une discipline fascinante qui traduit la musique en mouvements chorégraphiques et vibrations visuelles. Adaptant une douzaine de tubes de Mickey 3D, Eddy de Pretto et Trust, ainsi que des chansons écrites par Emmanuelle Laborit elle-même, le spectacle présente le musicien Patrice Rabillé interprétant en live tandis qu'Emmanuelle en livre la version signée. Grâce à un gilet connecté aux enceintes, elle reste synchronisée à la mélodie. Très vite, les spectateurs se détachent des supports visuels pour se concentrer uniquement sur les mouvements chorégraphiés de son corps et de son visage, révélant le sens profond des chansons. Une manière unique d'entendre différemment la musique.

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Juliette : le sacrifice amoureux de Juliette Drouet

Juliette Drouet, qui aurait pu être l'une des plus grandes comédiennes de son temps, sacrifia sa carrière au nom de son amour pour Victor Hugo. Ce seul en scène séduisant, tiré du roman de Patrick Tudoret, est joliment porté par Marie Lussignol (et Marguerite Kloeckner en alternance), qui en assure également la mise en scène. Juliette Drouet se raconte au public comme si elle écrivait ses mémoires, restituant la passion dévorante qui lia cette femme au poète pendant un demi-siècle, donnant lieu à une correspondance tumultueuse de plus de 20 000 lettres. Une adaptation habile qui capture l'essence de cette relation historique.

Kabarett : une comédie musicale revisitée dans un futur dystopique

Les élèves du studio ESCA revisitent la mythique comédie musicale Cabaret de Bob Fosse dans un contexte futuriste. Paris, 2032 : la France sombre lentement dans la dictature, et le sulfureux Kabarett Klub de Pigalle peine à survivre face à la censure et la violence. Paul Desveaux, codirecteur de l'école, a demandé à Joris Mugica de réimaginer cette œuvre, servie par d'excellents musiciens et une distribution de jeunes comédiens prometteurs. Ce spectacle interroge la résistance artistique face à la tyrannie des extrêmes, offrant une réflexion pertinente sur notre époque.

L'Art d'avoir toujours raison : une satire politique cinglante

Deux universitaires prétendent avoir trouvé un moyen infaillible pour permettre aux politiques de gagner les suffrages, exposant leur recette lors d'une fausse conférence inspirée du livre de Schopenhauer. Le texte de Sébastien Valignat et Logan de Carvalho décortique avec malice les concepts sociologiques utilisés par les communicants, comme la fenêtre d'Overton ou la technique de la triangulation. Les comédiens Maïa Le Fourn et David Guez incarnent ces débatteurs avec une ironie cinglante, transformant les stratégies marketing de nos gouvernants en source de rire. Une expérience théâtrale aussi intelligente que divertissante, à voir pour comprendre les mécanismes de la persuasion politique.

Autres pièces à l'affiche

La Femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob : Jean-Philippe Daguerre raconte sur scène un fait divers oublié, l'histoire de Danielle Cravenne qui prit en otage un avion en 1973 pour demander l'annulation de la sortie des Aventures de Rabbi Jacob. Notre histoire (se répète) : Jana et Stéphane rejouent le spectacle de leur rencontre amoureuse, mais depuis les événements du 7 octobre 2023, tout a changé, traitant avec acuité les déchirements d'un couple mixte face à la tragédie au Moyen-Orient. Amadeus : La pièce de Peter Shaffer, mise en scène par Olivier Solivérès, explore la folie du compositeur Antonio Salieri qui s'accuse d'avoir assassiné Mozart, servie par une distribution étincelante incluant Jérôme Kircher et Thomas Solivérès.