Marie NDiaye sublime la rupture conjugale dans « Ma Chérie » aux Escales du livre
Marie NDiaye sublime la rupture dans « Ma Chérie »

Marie NDiaye sublime la rupture conjugale dans « Ma Chérie » aux Escales du livre

Dans sa nouvelle pièce « Ma Chérie », présentée aux Escales du livre, l'autrice majeure des lettres françaises contemporaines met en scène la désunion d'un couple à travers une lecture rythmée par le piano organique de Christine Wodrascka. Une phrase fuse en sortant de la représentation, attrapée au vol par le public : « Comment il parle d'elle, ça me crève les tympans. » C'est précisément le cœur du sujet de cette œuvre littéraire puissante.

Une tirade littéraire vertigineuse

Face au « grand nez » de Valvert, Marie NDiaye se fait Cyrano : au lieu de simplement dénoncer, elle sublime la logorrhée du mari en une tirade littéraire vertigineuse. « Ma chérie » est le monologue d'un homme qui s'adresse à son épouse. Elle l'a fui, et il ne comprend pas les raisons de ce qu'il perçoit comme une désertion après des décennies de vie commune, qui lui étaient toujours apparues comme réussies, voire exemplaires.

Il continue de l'appeler ainsi en son for intérieur : « ma chérie, ma chérie, ma chérie », ajoutant à chaque répétition un maillon à la chaîne qu'il veut lui river aux chevilles. Dans ce huis clos étouffant, l'autrice ménage quelques sourires jaunes grâce aux témoignages des voisins, dont les phrases résonnent sur le plateau : « On les voyait toujours ensemble… » ; « Elle pouvait partir… ».

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Un dispositif sobre et une structure narrative en miroir

Le dispositif est sobre pour cette lecture musicale : la pianiste Christine Wodrascka accompagne Marie NDiaye, qui a opté pour une structure narrative à deux voix, en miroir. L'œuvre est écrite des deux points de vue, celui du mari et celui de la femme, chacun portant sa propre vérité. Elle convoque l'évasion et la liberté, tandis que lui ne comprend pas son désir de départ, affirmant : « Il ne me semble pas, ma chérie, ma chérie, que tu aies pu avoir le moindre motif de blâme à mon encontre. »

Sont convoquées dans cette exploration la sublime désespérance de Sylvia Plath et la fulgurance d'Emily Dickinson, enrichissant le propos d'une profondeur poétique remarquable.

Un tour de force littéraire et formel

Le tour de force littéraire de Marie NDiaye tient également à la forme : dégingandée, la pièce épouse la parole si particulière de l'autrice, un flux arythmique et imprévisible que suit avec justesse le piano organique de Christine Wodrascka. Cette collaboration artistique crée une expérience immersive unique, où la musique et les mots se répondent pour dépeindre les méandres de la rupture.

« Ma chérie », de Marie NDiaye, avec des photographies de Denis Cointe, est édité par L'Arbre vengeur, comptant 64 pages et coûtant 10 euros. La pièce « Ma Chérie » de la compagnie Translation est présentée au Glob Théâtre à Bordeaux dans le cadre des Escales du livre, les vendredi 27 mars et samedi 28 mars à 20 heures. Les tarifs varient de 6 à 18 euros, offrant une accessibilité à ce moment culturel fort.

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