Marie NDiaye et Denis Cointe dévoilent 'Ma Chérie', une exploration théâtrale des silences conjugaux
L'écrivaine Marie NDiaye, figure majeure de la littérature française couronnée par les prix Goncourt et Femina, poursuit son exploration de la scène théâtrale avec 'Ma Chérie'. Elle s'associe à nouveau avec le metteur en scène bordelais Denis Cointe, avec qui elle avait déjà collaboré en 2011 sur 'Die Dichte'. Ce nouveau spectacle, présenté dans le cadre des Escales du livre à Bordeaux, propose une immersion dans les silences d'un couple séparé.
Une œuvre multimédia au croisement des arts
Le spectacle 'Ma Chérie' se distingue par son approche artistique innovante, mêlant plusieurs disciplines :
- Lecture par Marie NDiaye elle-même
- Musique sur piano préparé interprétée par la pianiste Christine Wodrascka
- Vidéo réalisée par Denis Cointe en fond de scène
Cette combinaison crée une atmosphère unique où le son transformé du piano préparé - obtenu en disposant des objets sur les cordes - produit une musique "à la fois étrange et belle, très surprenante" selon les mots de l'écrivaine.
Le combat intérieur d'un couple séparé
Au cœur du spectacle se trouve l'histoire d'un homme qui s'adresse à sa femme, dont il est séparé. Marie NDiaye décrit ce personnage comme "au procès qu'il s'intentait lui-même et où il serait son propre avocat". Le texte explore les justifications internes de cet homme à travers un monologue où il tente de se défendre.
L'écrivaine précise : "'Ma chérie', c'est un homme qui s'adresse à sa femme, de laquelle il est séparé. Et il tente de se justifier." Un troisième locuteur, une "voix multiple de personnes qu'on devine être les voisins", intervient brièvement, ajoutant une dimension collective au drame intime.
L'ambiguïté délibérée du titre
Le choix du titre 'Ma Chérie' n'est pas anodin. Marie NDiaye explique : "Je cherchais une adresse à sa femme. Et considérant la personnalité de l'homme, je ne voulais pas que ce soit son prénom. Dans cette adresse, il y a 'ma'. Ça compte, ce 'ma'. J'aime bien cette ambiguïté."
Cette ambiguïté permet d'explorer toute la complexité des relations conjugales, entre tendresse apparente et possession sous-jacente. L'écrivaine ajoute : "On peut entendre tout ce qu'il y a derrière. Et en même temps, dans les couples normaux, c'est courant 'ma chérie'."
Une écriture au seuil de l'indicible
Marie NDiaye situe son écriture à cet endroit précis où la civilité menace de basculer dans la violence. Elle confie : "J'aime bien, comme dans d'autres textes que j'ai écrits, faire dire ce qu'on a au tréfonds de soi et qu'on n'exprime pas parce que ce serait trop intime ou brutal."
Dans 'Ma Chérie', le personnage masculin donne voix à son monologue intérieur, "mais qui ne s'exprime ni dans les gestes ni dans les mots, ça reste dans sa tête". Cette approche permet d'explorer ce qui se joue dans les silences d'une relation.
Une collaboration artistique fructueuse
Pour Marie NDiaye, ce retour sur scène avec Denis Cointe représente plus qu'une simple lecture. Elle insiste : "Ce que l'on fait avec Christine Wodrascka, ce n'est pas un accompagnement de lecture. C'est vraiment une création : chacune est dans son univers et les deux se croisent, se frôlent, se rencontrent. C'est une sorte de conversation."
L'écrivaine interprète à la fois l'homme et la femme en disant "je" pour chacun, créant une présence simultanée mais distante des deux personnages. Cette approche suggère que le dialogue reste possible, même dans la séparation.
Informations pratiques
Le spectacle 'Ma Chérie' sera présenté au Glob Théâtre de Bordeaux dans le cadre des Escales du livre :
- Jeudi 26 mars à 20 heures
- Vendredi 27 mars à 20 heures
- Samedi 28 mars à 20 heures
Le spectacle est accessible dès 15 ans, avec des tarifs variant de 6 à 18 euros. Parallèlement, l'œuvre est publiée aux éditions L'Arbre vengeur (64 pages, 10 euros), accompagnée de photographies de Denis Cointe.
Cette création confirme l'engagement de Marie NDiaye dans l'exploration des formes théâtrales, poursuivant un parcours commencé dès son entrée au répertoire de la Comédie-Française en 2003.



