Le Théâtre Jean-Lurçat d'Aubusson en péril à cause d'infiltrations d'eau
Dans la petite ville d'Aubusson, en Creuse, le Théâtre Jean-Lurçat, classé scène nationale, se dégrade inexorablement en raison de problèmes d'infiltration d'eau. Le département de la Creuse refuse catégoriquement de financer sa part des travaux de rénovation nécessaires, créant une impasse financière qui pourrait conduire à la fermeture définitive de ce bâtiment emblématique.
Une situation ubuesque pour un fleuron culturel
Ce qu'on remarque immédiatement en pénétrant dans le théâtre, ce sont les nombreux récipients disposés un peu partout : seaux, bassines, cuvettes et poubelles de 100 litres, en métal ou en plastique vert et noir. Ces objets, éparpillés dans les loges et salles de répétition, servent à recueillir l'eau qui s'écoule goutte à goutte des plafonds et des murs. La scène pourrait presque évoquer une installation d'art contemporain illustrant des temps apocalyptiques.
Le mercredi 4 mars, près de 150 professionnels du spectacle vivant – directeurs de scènes nationales, de centres dramatiques nationaux et de centres chorégraphiques nationaux – se sont rassemblés devant le théâtre pour le défendre, sous l'égide du syndicat des entreprises artistiques et culturelles. Alors que le temps était radieux sur le parvis herbeux de la sous-préfecture, à l'intérieur, l'eau continuait de suinter le long des murs et de détremper les lattes de parquet qui se décollent progressivement.
Un symbole de la décentralisation culturelle en danger
« Nous sommes dans une situation ubuesque », résume Christine Malard, directrice depuis cinq ans de cette scène nationale qui, bien qu'étant la plus petite de France, représente un véritable fleuron de la décentralisation théâtrale à la française. Inaugurée en grande pompe en 1981 par François Mitterrand et Jack Lang, elle incarnait alors l'élan de la culture pour tous voulu par le nouveau président de la République et son ministre de la culture.
Jean-Christophe Legrand, régisseur général du théâtre depuis 1989, explique la genèse du problème : « Le Théâtre Jean-Lurçat a été très bien conçu, mais mal construit. Comme le constructeur a fait faillite, il a été impossible de déposer un recours. Les derniers travaux d'étanchéité datent de 1996. » Cette défaillance structurelle, combinée au refus du département de participer financièrement, place l'avenir de l'établissement dans une situation critique.
La ville d'Aubusson, qui compte un peu plus de 3 000 habitants, voit ainsi menacé non seulement un lieu culturel essentiel à sa vie locale, mais aussi un symbole fort de la politique de décentralisation culturelle qui a marqué les années 1980. Les professionnels du secteur s'inquiètent de voir disparaître ce maillon important du service public du spectacle vivant en zone rurale.



