Véronique Cabut, veuve du dessinateur Cabu assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, a consacré les années qui ont suivi à préserver et promouvoir l'œuvre de celui qu'elle considère comme le "Daumier du XXe siècle". À travers des expositions, des publications et des initiatives pédagogiques, elle s'efforce de faire vivre l'héritage artistique et citoyen de son mari.
Un travail de mémoire minutieux
Dès les semaines suivant l'attentat, Véronique Cabut a entrepris de classer et numériser les milliers de dessins laissés par Cabu. "Il n'était pas possible de rester sans rien faire", confie-t-elle dans un entretien au Monde. Ce travail de fourmi a abouti à la création d'un fonds d'archives consultable par les chercheurs et le grand public. Selon elle, plus de 10 000 dessins ont été répertoriés à ce jour, couvrant toute la carrière de l'artiste, de ses débuts à la fin des années 1960 jusqu'à sa mort.
Expositions et publications pour transmettre
Véronique Cabut a organisé plusieurs expositions majeures, notamment au Musée de l'illustration jeunesse de Moulins en 2019 et au Centre Pompidou en 2021. "Chaque exposition est l'occasion de redécouvrir un aspect de son travail, souvent méconnu", explique-t-elle. Elle a également supervisé la publication de recueils thématiques, comme "Cabu et la politique" ou "Cabu et l'éducation", qui rencontrent un succès public. "Les ventes de ses livres ont augmenté de 30 % depuis 2015", précise-t-elle, soulignant l'intérêt renouvelé pour son œuvre.
Un héritage citoyen
Au-delà de l'aspect artistique, Véronique Cabut insiste sur la dimension citoyenne du travail de Cabu. "Il était un dessinateur engagé, qui défendait la liberté d'expression, la laïcité et les droits de l'homme", rappelle-t-elle. Des ateliers pédagogiques ont été mis en place dans les écoles pour initier les jeunes au dessin de presse et à l'éducation aux médias. "C'est une manière de perpétuer son esprit critique et son humour", ajoute-t-elle.
Un hommage continu
En 2023, une rue de Châlons-en-Champagne, sa ville natale, a été rebaptisée en son honneur. Véronique Cabut participe régulièrement à des conférences et des colloques sur la liberté de la presse. "Je ne veux pas qu'on l'oublie, ni lui ni les autres victimes", déclare-t-elle. Son engagement a été salué par de nombreuses institutions, dont la Ligue des droits de l'homme qui lui a remis un prix en 2022.
Un travail de deuil et de transmission
Véronique Cabut reconnaît que ce travail de mémoire l'a aidée à surmonter son deuil. "C'est une façon de rester connectée à lui, de donner un sens à ce qui est arrivé", confie-t-elle. Elle poursuit aujourd'hui ses efforts pour que l'œuvre de Cabu continue d'inspirer les générations futures. "Son message est plus que jamais d'actualité", conclut-elle, citant le dessinateur : "Le rire est un acte de résistance."



