Le requin qui a livré le secret d'un naufrage de 1889
Requin révèle le secret d'un naufrage de 1889

Le 15 octobre 1889, une foule se presse sur le port du Brusc, à Six-Fours. Le patron pêcheur Pierre Roux vient de capturer un requin d'une taille exceptionnelle dans ses filets. Mais la curiosité cède rapidement à l'horreur lorsque l'estomac de l'animal est ouvert : on y découvre un tronçon de cadavre humain, allant des reins à la quatrième vertèbre lombaire, comme le rapporte le journal L'Écho d'Oran citant une dépêche de La Seyne.

Le drame du torpilleur n°102

Pour comprendre cette macabre découverte, il faut remonter au 2 mars 1889. Ce jour-là, une flottille de six torpilleurs quitte Toulon pour des exercices au large de Bandol. Alors que les navires regagnent leur base et arrivent à hauteur des Embiez, le torpilleur n°102 chavire soudainement. La presse nationale relate l'accident : une mer formée, une vague frappant le bâtiment et un déplacement de charge sur le pont auraient provoqué le déséquilibre fatal. « Il n'en fallut pas davantage pour le faire chavirer », écrit un journal de l'époque.

Malgré les efforts immédiats des autres torpilleurs pour secourir l'équipage, six marins perdent la vie. Les opérations de renflouement, mobilisant plongeurs, pontons et remorqueurs, durent plusieurs jours. Lorsque les scaphandriers pénètrent dans la chambre des machines, ils découvrent les corps de trois victimes : les quartiers-maîtres mécaniciens Joly et Leheurté, ainsi que l'ouvrier mécanicien Dumarchaix. Le journal Le Petit Troyen décrit les conditions atroces : « L'infortuné a dû soutenir une lutte terrible. Il semble avoir péri par le feu, car son visage et ses mains portent de fortes traces de brûlures. »

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Une ville en deuil

Les trois dépouilles sont ramenées au Brusc, où elles sont déposées dans la salle des prud'hommes pêcheurs, transformée en chapelle. Après une veillée, des obsèques militaires sont célébrées, auxquelles assistent presque tous les habitants de la ville, des représentants maritimes et des commandants de la défense sous-marine. Le Petit Journal du 15 mars 1889 témoigne : « Le spectacle était des plus émouvants. » Le lieutenant Schilling, commandant du torpilleur n°102, adresse un dernier adieu à ses hommes au cimetière. Mais trois marins restent portés disparus, leur sort demeurant inconnu.

Le requin livre son secret

Sept mois après le naufrage, le 15 octobre 1889, le requin capturé par Pierre Roux apporte une réponse tragique. Les médecins examinant les restes humains concluent qu'il s'agit d'un homme adulte, resté longtemps dans l'eau avant d'être avalé peu de temps auparavant. Très vite, le lien est fait avec les marins disparus du torpilleur n°102. Le tronc humain est recueilli et inhumé. Aujourd'hui encore, au cimetière Reynier n°1, une stèle rappelle le sacrifice des six marins.

Une précédente capture exceptionnelle en 1885

Quatre ans avant cet événement, en mai 1885, la presse nationale avait déjà relaté une capture remarquable au Brusc. L'Avenir de la Mayenne, reprenant une dépêche du Sémaphore de Toulon, décrit un requin pris dans une madrague, mesurant sept mètres de long, quatre mètres de circonférence et pesant près de 1 600 kilos. Dans son estomac, les pêcheurs découvrirent plusieurs quartiers de thons, mais aussi « un mouton presque entier, dont la chair était toute fraîche et la laine presque intacte », preuve de l'appétit vorace de l'animal. Le journal explique ainsi pourquoi la pêche était si mauvaise depuis plusieurs jours : « Leur mauvaise fortune s'explique par la présence du monstre capturé ce matin. »

Ces deux épisodes restent ancrés dans la mémoire maritime locale. Ils interrogent aussi sur la présence de ces grands squales au large des côtes varoises, une question qui demeure ouverte aujourd'hui.

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