Une chapelle au cœur des tensions pré-électorales
À Saint-Martin-de-Seignanx, dans les Landes, la mairie a officiellement lancé la réhabilitation de la chapelle du Quartier neuf avec l'ambition d'en faire un espace culturel de premier plan. Cependant, le projet retenu et son coût estimé à 1 425 000 euros ne font absolument pas l'unanimité parmi les habitants. À l'approche des élections municipales, ce dossier est devenu véritablement inflammable, cristallisant les tensions entre partisans et détracteurs.
Un vieux serpent de mer enfin concrétisé
La réhabilitation de cette chapelle désacralisée depuis plus de soixante ans constitue un vieux serpent de mer dans cette commune landaise de plus de 6 000 âmes. L'édifice, autrefois rattaché à un couvent attenant transformé depuis en habitation, appartenait jusqu'à récemment à une grande famille dont les héritiers ne savaient que faire de ce patrimoine. Après un incendie survenu il y a une vingtaine d'années qui avait ravagé la charpente, la municipalité d'alors s'était arrangée avec les propriétaires pour mettre le bâtiment hors d'air et hors d'eau, avec l'accord tacite de récupérer les clés contre 1 euro symbolique.
L'idée de transformer la chapelle en lieu culturel existait dès le départ, particulièrement dans ce quartier essentiellement résidentiel et presque dépourvu de structure publique, hormis l'école Jules-Ferry située de l'autre côté de la départementale. Les années et les mandatures ont passé, et ce n'est qu'avec l'actuel maire Julien Fichot, candidat à sa propre succession, que le projet a véritablement pris forme. « Dès 2020, j'ai mis beaucoup d'énergie à finaliser l'achat », indique-t-il, précisant que l'acte définitif a été signé en mars 2023.
Un tiers-lieu ambitieux avec extension controversée
Depuis l'acquisition, une convention a été nouée avec l'association culturelle locale Catach pour occuper temporairement le lieu avec des concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre et expositions. « L'idée était de tester l'endroit avant de lancer sa réhabilitation », explique Julien Fichot. « Cet espace permet de compléter l'offre culturelle de la Ville, en parallèle des actions menées à la médiathèque, ouverte en 2024, et d'une future salle de spectacle plus importante prévue à l'avenir. »
Le premier édile a lancé un conseil citoyen sur la réhabilitation, réunissant quatre élus, quatre experts techniques et quatre Saint-Martinois tirés au sort. « Très vite, il a été conclu que le bâtiment nécessitait une extension », expose le maire. « On souhaite créer un tiers-lieu capable d'accueillir jusqu'à 200 personnes qui aura pour but, en plus de la diffusion artistique, de produire de la création et de la médiation. Si on veut pouvoir accueillir des résidences d'artistes et du public de manière plus importante et officielle, il faut des sanitaires, une douche, des coulisses, un guichet... »
Parmi les 28 cabinets d'architectes consultés, le projet du cabinet basque Leibar et Seigneurin a été retenu à l'unanimité, opposition municipale comprise. Les architectes proposent de créer une « fenêtre sur la rue » : une extension qui attire le regard et reconnecte l'édifice à son environnement. Le permis de construire doit être déposé en 2025, pour un démarrage des travaux prévu au premier semestre 2026 et une ouverture espérée en 2027.
Une opposition virulente qui monte en puissance
C'est précisément cette extension qui a déclenché la polémique. En novembre 2025, une pétition a émergé sur change.org, dénonçant « une concertation citoyenne insuffisante », « une architecture qui efface le patrimoine » et « une cohérence budgétaire questionnée ». L'association Saint-Martin Cœur de Seignanx, à l'origine de la pétition, demande « la suspension du projet actuel » et « la présentation d'alternatives architecturales respectant davantage le caractère patrimonial de la chapelle ».
Brigitte Munsch, voisine du monument et artiste plasticienne, se montre particulièrement virulente : « Ce qu'ils vont faire, on dirait un gros cercueil ! Un cercueil en pin, qui va noircir avec la pluie... 1 425 000 euros pour un tube de 10 mètres de haut qui va occulter la lumière ainsi que la façade de la chapelle, qui va supprimer du stationnement... Ce n'est pas parce que ce cabinet d'architectes a été retenu qu'il faut réaliser ce projet très moderne. »
Elle dénonce également le coût du projet : « Ce sont des financements énormes pour un projet élitiste. Saint-Martin a besoin d'un lieu culturel plus grand, là, on pense trop petit. Je suis d'accord pour qu'on en fasse quelque chose, mais on oublie les riverains. Moi, ça me fout le moral en l'air. »
La mairie contre-attaque face aux critiques
Julien Fichot ne prend pas au sérieux cette pétition : « Une pétition en ligne, tout le monde peut la signer, même des gens hors de la commune. Dans ce quartier, seule cette voisine est opposée au projet. J'ai remarqué qu'il fallait se battre beaucoup plus quand les projets sont culturels. On pointe le coût, mais 500 000 euros pour Saint-Martin, c'est tout à fait absorbable. »
Période des municipales oblige, les opposants au maire actuel se sont emparés du dossier. Olivier Barrière, qui a repris le nom de l'association à l'origine de la pétition pour nommer sa liste d'opposants, déclare : « De nombreux Saint-Martinois nous ont sollicités, pas que des riverains. La première interrogation, c'est le coût pour un projet qui va bénéficier à peu de personnes. De l'argent qui aurait pu être investi ailleurs. Et puis le conseil citoyen avec quatre habitants tirés au sort, ça ne suffit pas. Il faut plus de transparence. »
Carine Gleizes Andra, tête de la liste Saint-Martin, notre projet, déplore quant à elle des « finances à la dérive, un chantier trop coûteux » et propose à la place « un projet réfléchi avec tous les habitants pour redonner vie à ce lieu emblématique, tout en respectant son histoire ». Face à ces attaques, Julien Fichot réplique : « Ce sont les municipales quoi... Je me battrai bec et ongles pour la culture. » Rendez-vous est donc pris pour le 15 mars prochain pour connaître la suite de cette histoire qui dépasse désormais largement le simple cadre architectural.



