Phare de l'Espiguette : joyau du Gard aux légendes et sacrifices
Phare de l'Espiguette : joyau du Gard aux légendes et sacrifices

Le phare de l'Espiguette, situé dans le Gard, est un monument emblématique chargé d'histoire et de sacrifices. Construit entre 1866 et 1869, il a coûté la santé et la fortune de son bâtisseur, Charles Dupuy. Aujourd'hui, le phare est automatisé et piloté à distance depuis Sète, mais il continue de fasciner les visiteurs par ses légendes et sa beauté.

Une construction épique

Le phare de l'Espiguette a été érigé pour remplacer le premier phare du Grau-du-Roi, devenu trop petit et trop éloigné de la mer. Le projet, mené par l'État via le ministère des Travaux publics, a été confié à l'ingénieur Charles Lenthéric. Initialement prévu pour être construit en un an, le chantier a duré trois ans en raison de nombreux imprévus. Le budget initial de 112 000 francs a été largement dépassé, atteignant plus de 231 000 francs (plus de 900 000 euros).

Charles Dupuy, l'entrepreneur local chargé des travaux, a dû avancer les fonds supplémentaires. Il a subi des conditions de travail difficiles : ouragans, sécheresses, moustiques, maladies, manque d'eau douce, naufrage d'une gabarre, et changements de plans de l'ingénieur. Malgré ces obstacles, Dupuy a réussi à achever le phare, mais il en a été ruiné. Après une bataille juridique de plus de dix ans contre l'État, le Conseil d'État a condamné l'administration à lui verser 35 000 francs de dédommagement, une somme bien inférieure à ses pertes. Dupuy est décédé quelques mois après cette décision, ayant écrit que ce travail avait « épuisé ma santé et ma fortune ».

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Un phénomène naturel unique

Le phare de l'Espiguette est situé sur une côte où la terre progresse sur la mer, un phénomène rare. Les alluvions du Rhône et les courants marins déposent du sable, ce qui éloigne progressivement le phare du rivage. À la fin du Second Empire, la pointe de l'Espiguette n'était qu'à 150 mètres de la mer ; aujourd'hui, elle en est à plus de 750 mètres. Selon Florine Escot, directrice du phare, « sans intervention humaine en amont du Rhône, la plage progresserait de 8 à 10 mètres par an, contre 2 à 3 mètres actuellement. La mer envahit d'autres parties de la Camargue en contrepartie. »

Ce phénomène était déjà connu de Charles Lenthéric, qui a décidé en cours de chantier d'élever le phare à 27 mètres au lieu des 20 mètres prévus, pour compenser l'éloignement futur de la mer.

La légende d'un amour impossible

Une histoire locale raconte que Charles Lenthéric aurait prolongé la construction du phare pour passer plus de temps avec Elaïs, la fille de Charles Dupuy, dont il était amoureux. Leur amour aurait été interdit en raison de leurs religions différentes (lui protestant, elle catholique). Cependant, cette légende n'est pas historiquement prouvée. Il n'existe aucune trace écrite d'un conflit entre les deux hommes pour cette raison. Elaïs (Léonie de son prénom) est décédée à 27 ans en 1870, un an après l'allumage du phare, mais les causes de sa mort restent inconnues. Thomas Dupuy, descendant de la famille, estime que cette idylle « a peut-être existé », mais il est tout aussi plausible que Lenthéric, déjà marié, ait voulu réaliser une construction parfaite pour être accepté à l'académie de Nîmes.

Le phare aujourd'hui

Après une phase de rénovations ambitieuse en 2023, le phare de l'Espiguette a retrouvé sa peau de pierres claires et accueille le public pour partager son histoire et sa vue splendide sur la Camargue. Des concerts de musique et des séances de yoga sont organisés devant les dunes. Florine Escot souligne : « Ce sont ses histoires qui aident à garder ce lieu aussi vivant. »

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