Le phare de Cordouan, joyau classé à l'Unesco, confronté à une crise financière
Érigé il y a plus de quatre siècles à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, le phare de Cordouan, surnommé « le Versailles des mers », a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en juillet 2021. Cette reconnaissance a considérablement renforcé son attractivité touristique, attirant entre 20 000 et 25 000 visiteurs chaque année entre les mois d'avril et septembre. Durant cette période, ce sont quatre gardiens dévoués qui assurent les visites guidées, connaissant l'édifice historique comme le fond de leur poche.
Le rôle crucial des gardiens, véritables sentinelles du patrimoine
Le reste de l'année, ces gardiens se relaient pour entretenir le phare et réparer les éventuels dégâts causés par les intempéries. Le Smiddest, le syndicat mixte chargé de la gestion de ce monument propriété de l'État, les décrit comme de « véritables sentinelles du patrimoine », assurant une présence permanente pour préserver l'édifice des assauts de l'environnement marin. Cependant, dans un contexte de finances publiques tendues, des pistes visant à réduire les coûts d'entretien sont actuellement à l'étude, remettant potentiellement en cause le modèle de gardiennage permanent.
Une lettre officielle relance le débat sur la suppression des postes
Selon Jean-Marie Calbet, président de l'association des phares de Cordouan et Grave, une lettre datée du 15 novembre a été envoyée par le sous-préfet de Lesparre aux ministres de l'Intérieur, de la Transition écologique et de la Culture. Cette missive demande d'étudier des mesures pour réaliser des économies sur le phare de Cordouan, incluant notamment la suppression du gardiennage. De son côté, l'État dément pour l'instant toute décision en ce sens, refusant de communiquer davantage sur le sujet.
Le Smiddest ne nie pas les difficultés financières, soulignant que les collectivités locales « ne peuvent plus soutenir la gestion du phare à la hauteur des contributions passées ». Bien que l'État ait accordé une aide exceptionnelle de 100 000 euros pour 2025, la pérennité du financement de ce chef-d'œuvre classé à l'Unesco constitue désormais un enjeu majeur. Le syndicat confirme que des études sont en cours pour optimiser les recettes propres face à la baisse des subventions publiques, tout en réaffirmant « la nécessité du gardiennage continu ».
Les gardiens, rempart essentiel contre les intrusions
Jean-Marie Calbet reste inquiet pour l'avenir des gardiens. Il rappelle que l'association a été fondée au début des années 1980 précisément pour défendre leur rôle, à une époque où leur suppression était déjà envisagée. Il évoque une tentative de cambriolage survenue au phare suite à des rumeurs similaires, déjouée grâce à la vigilance des gardiens. « Le phare est très accessible avec un zodiac ou un engin motorisé relativement léger lorsque la météo est clémente, argumente-t-il. On peut s'y rendre et accoster facilement. »
Au regard des dix millions d'euros investis dans la rénovation du site au cours de la dernière décennie et de sa valeur patrimoniale exceptionnelle, le président de l'association ne comprend pas que la suppression des postes de gardiens soit même envisagée. « On a la chance d'avoir un monument que le monde entier nous envie et on chipote pour deux gardiens pendant l'hiver, ça me désole », lance-t-il avec amertume.
Un coût jugé modique face aux risques encourus
Pour Jean-Marie Calbet, le coût annuel de 200 000 euros pour le gardiennage « n'est pas cher payé ». Il estime que si des rentrées d'argent supplémentaires sont nécessaires, il faudrait plutôt se tourner vers les transporteurs, qui bénéficient d'une situation de monopole et ont vu leurs tarifs doubler en dix ans. « J'ai du mal à comprendre, lâche-t-il. Qu'est-ce qui fait que cette gestion n'est pas possible à équilibrer ? Ce ne serait en tout cas pas une économie que de supprimer les gardiens, parce qu'au final, ça coûtera plus cher que de les maintenir. »
Le débat autour du phare de Cordouan soulève ainsi des questions cruciales sur la préservation du patrimoine maritime français face aux contraintes budgétaires, mettant en lumière le rôle indispensable de ces gardiens qui veillent sur un trésor national.



