Le musée d'Art brut de Montpellier expose jusqu'au 30 août une vingtaine d'œuvres de Paul Amar, artiste décédé en 2017 à 98 ans, qui a consacré près d'un demi-siècle à transformer des coquillages ramassés sur la plage en créations foisonnantes, colorées et baroques.
Des débuts modestes aux hauts-reliefs monumentaux
Tout commence en 1969, lors de vacances aux Sables-d'Olonne. Intrigué par les bibelots en coquillages dans les vitrines, Paul Amar achète ses premiers spécimens. De retour à Paris, il réalise de petits objets décoratifs : assiettes ornées, coffrets à bijoux. Le véritable déclic survient en 1977. Bulots, moules, bigorneaux, oursins, crabes ou homards deviennent sa matière première. Il passe alors des petites œuvres à des compositions complexes, hauts-reliefs et caissons lumineux qui feront sa renommée. « Il n'y a aucun autre matériau de base », souligne Patrick Michel, directeur du musée d'Art brut. Bien que Paul Amar ait réalisé des panneaux pouvant atteindre trois mètres de long, les œuvres présentées à Montpellier sont plus modestes par leur taille, mais tout aussi impressionnantes par leur richesse.
Un univers d'une profusion incroyable
Ce qui frappe d'abord, c'est la quantité de coquillages utilisée. Le Poisson pilote (1998) est une sculpture panoramique montrant un poisson gigantesque dominant une barrière de corail foisonnante. Il arbore des tons chauds (jaune, orange, rose fuchsia) avec une nageoire dorsale bleu turquoise intense. Le décor sous-marin regorge d'étoiles de mer, crabes, fleurs marines composées de valves de palourdes et de moules teintées de vert émeraude ou de rose vif. Dans Le Monde des poissons (1995), un véritable aquarium prend forme autour d'un grand coquillage doré, celui que l'on porte traditionnellement à son oreille pour « écouter la mer ». Chaque coquillage est métamorphosé en fleur, en poisson ou en corail.
Toutankhamon et œuvres érotiques : le kitsch assumé
L'accumulation baroque atteint son paroxysme avec Toutankhamon. Ce bas-relief s'éloigne de l'univers marin pour représenter un visage monumental inspiré du masque funéraire du pharaon. Ses grands yeux expressifs captivent immédiatement le regard. L'œuvre oscille entre le kitsch assumé et une forme de sacré. Parmi la vingtaine d'œuvres exposées figurent également plusieurs petites sculptures érotiques mettant en scène d'improbables saynètes théâtrales. « L'utilisation de tous ces coquillages témoigne d'une immense créativité. C'est un univers propre à l'artiste, qui nous replonge dans quelque chose d'inconscient et de profond », confie une visiteuse.
Informations pratiques
L'exposition est visible jusqu'au dimanche 30 août, du mercredi au dimanche, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, au musée d'Art brut, 1 rue Beau-Séjour, à Montpellier. Tarifs : 6 € et 8 €. De quoi donner envie de regarder autrement les coquillages ramassés sur nos plages.



