Muséum d'Histoire naturelle : une épée de Damoclès au-dessus d'un trésor national
Alors que le Muséum national d'Histoire naturelle célèbre ses 400 ans en 2026, son président Gilles Bloch lance un cri d'alarme. Depuis deux ans et demi à la tête de l'institution, il dénonce la vétusté alarmante de certains bâtiments et l'impérieuse nécessité de réaliser des travaux de grande envergure. Les besoins financiers sont estimés à un milliard d'euros pour les trois prochaines décennies, une somme colossale mais vitale pour sauvegarder ce patrimoine unique.
Un patrimoine exceptionnel mais négligé depuis des siècles
Le chiffre d'un milliard d'euros peut impressionner, mais il reflète une réalité patrimoniale considérable, explique Gilles Bloch. Le Muséum, qui fête cette année son quadricentenaire, est un établissement hors norme avec 120 bâtiments répartis sur près de 180 000 mètres carrés. Il abrite des sites emblématiques comme la Grande galerie de paléontologie et d'Anatomie comparée, le Jardin des plantes et ses galeries du XIXe siècle. Chaque année, il accueille des chercheurs, des étudiants et près de 3,6 millions de visiteurs, ce qui en fait le quatrième musée de France en termes de fréquentation.
Le problème majeur réside dans le manque d'entretien depuis le XIXe siècle. À part quelques grandes opérations, comme la rénovation du Parc zoologique ou du Musée de l'Homme, et plus anciennement la réouverture de la Grande Galerie de l'Évolution en 1994, les investissements ont été insuffisants, déplore le président. Aujourd'hui, les bâtiments se dégradent progressivement et certaines galeries sont fermées depuis des décennies, mettant en péril les collections et l'accueil du public.
Une situation critique qui exige une action immédiate
La situation est devenue urgente, car le Muséum a accumulé un retard d'entretien considérable. Son budget d'investissement annuel, d'environ 5 millions d'euros, est en réalité absorbé par la maintenance courante. Nous avons fait le choix de voter plusieurs budgets en déficit pour maintenir un effort de rénovation autour de 20 millions d'euros par an, mais ce n'est pas soutenable, alerte Gilles Bloch. À l'horizon 2027, les réserves financières seront épuisées, ce qui pourrait compromettre toute possibilité de travaux.
Pour établir ces estimations, le Muséum a collaboré avec le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et de l'Espace, le rectorat et la Direction de l'immobilier de l'État. Les montants peuvent sembler élevés, mais ils sont cohérents avec ce qui se fait sur d'autres grands musées comme le Louvre ou le Centre Pompidou, précise le président.
Un calendrier de travaux en deux phases cruciales
Le plan de rénovation prévoit deux phases distinctes. D'abord, une phase d'urgence estimée à environ 500 millions d'euros sur dix à quinze ans, qui concernera la mise en sécurité, la rénovation des galeries majeures et la sauvegarde des bâtiments les plus fragiles. Ensuite, des projets structurants seront lancés, comme la création de nouvelles réserves pour les collections. Aujourd'hui, certaines collections sont stockées dans des conditions inadéquates, avec des risques réels, notamment d'incendie ou d'inondation, souligne Gilles Bloch.
Actuellement, aucun signal clair n'a été reçu de la tutelle, mais un point de rendez-vous important est prévu lors de la préparation du budget de 2027. Si l'État nous accompagne, peut-être que des grands mécènes se joindront. Je souhaite ardemment qu'à l'horizon 2027 on voie le bout du tunnel, espère le président.
Des conditions de travail dégradées pour les salariés
Cette situation affecte directement les conditions de travail des salariés. Les conditions de travail dans certains bâtiments sont difficiles, reconnaît Gilles Bloch, qui exprime son admiration pour les collaborateurs œuvrant dans des locaux vieillissants et mal isolés. Les équipes, bien qu'extrêmement engagées, subissent ces contraintes au quotidien, ce qui pèse sur la préservation des collections et peut générer des tensions, malgré la passion qui anime l'ensemble du personnel.
Le 400e anniversaire : une opportunité pour sensibiliser
L'exposition organisée pour le 400e anniversaire du Muséum n'avait pas initialement pour objectif de tirer la sonnette d'alarme. Le travail de diagnostic a été lancé dès mon arrivée en 2023, avant même que la question des 400 ans ne soit centrale, rappelle Gilles Bloch. Cependant, cette année anniversaire constitue une opportunité précieuse pour rappeler l'importance de cette institution. Le Muséum se réjouit de célébrer cet événement avec une programmation renforcée et une grande exposition en septembre consacrée aux artistes du Muséum, tout en espérant mobiliser les soutiens nécessaires pour assurer son avenir.



