Musée du Vieux Monaco : les rues du Rocher en nouvelle scénographie
Musée du Vieux Monaco : nouvelle scénographie sur les rues

Le musée du Vieux Monaco, situé au 2, rue Émile-de-Loth, a rouvert ses portes avec une scénographie entièrement repensée. L’exposition « I Carrugi d’a Roca – Les rues du Rocher » est visible jusqu’au 30 septembre et propose de parcourir l’histoire de Monaco-Ville à travers ses ruelles, sa langue, ses personnages et ses traditions. Selon les chiffres communiqués par la présidente du Comité national des traditions monégasques, Claude Manzone, environ 1 400 visiteurs ont franchi les portes du musée en juin et juillet, représentant une quarantaine de nationalités.

Une réouverture après plusieurs années de fermeture

Le musée avait fermé en 2015 pour permettre des travaux d’agrandissement sur la placette des Carmes. Après une première réouverture temporaire en décembre 2024, l’établissement géré par le Comité national des traditions monégasques présente désormais une scénographie repensée. « On a dû repartir de zéro », résume Claude Manzone. Le fil conducteur s’est imposé naturellement : les rues du Rocher, ces « carrugi » qui constituent encore aujourd’hui l’une des principales traces visibles du Monaco d’autrefois.

Le résultat se veut plus ouvert et plus pédagogique. Au rez-de-chaussée, le visiteur entre directement dans l’histoire du Rocher. Plans anciens, vues de Monaco, plaques de rues en Monégasque, œuvres et portraits permettent de comprendre comment s’est constitué progressivement le bourg castral. L’exposition revient notamment sur les premières implantations génoises du XIIIe siècle et sur le développement progressif de la population à l’intérieur des fortifications. Au XVIIe siècle, une grande partie du Rocher est déjà structurée autour de ses principales voies, tandis que l’actuel secteur de la place de la Visitation marque encore la limite d’une zone beaucoup moins urbanisée, alors appelée le « désert ».

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La langue monégasque et son passage à l’écrit

Cette histoire urbaine sert aussi à expliquer celle de la langue monégasque. Les populations venues s’installer sur le Rocher au fil des siècles ont apporté différents parlers ligures, auxquels se sont ajoutées des influences génoises, provençales puis françaises. Le Monégasque s’est ainsi construit progressivement, avant de rester longtemps une langue essentiellement orale. L’un des éléments les plus intéressants du parcours revient sur le passage de l’oral à l’écrit. En 1927, Louis Notari publie A Legenda de Santa Devota, considérée comme le premier grand texte littéraire en Monégasque. L’Académie des langues dialectales confirme cette date comme un moment fondateur de la littérature monégasque. Un siècle plus tard, le sujet conserve une actualité particulière : le Comité prévoit de consacrer son calendrier de 2027 au centenaire de cette publication.

Personnages, traditions et céramiques

Le parcours ne s’arrête pas aux pierres. Plusieurs personnalités liées à Monaco apparaissent au fil des salles, à commencer par des artistes dont les noms sont aujourd’hui encore inscrits dans la topographie de la Principauté. Le peintre et décorateur Auguste Marocco, né à Monaco en 1885, figure notamment parmi eux. Il fut directeur de l’École municipale d’arts décoratifs de Monaco et a également travaillé pour le théâtre, notamment à l’Opéra de Monte-Carlo. D’autres artistes, comme Philibert Florence ou Roger Barbicari, témoignent de la manière dont le Rocher a nourri une véritable mémoire artistique.

À l’étage, une salle est consacrée aux traditions religieuses et populaires qui rythment encore la vie du Rocher. Sainte-Dévote, Saint-Nicolas, la Saint-Roman, la Saint-Jean, la Fête-Dieu, la Semaine sainte ou encore les traditions de Noël sont évoquées à travers tableaux, photographies, objets et documents. Une salle de projection permet d’illustrer cette comparaison grâce à des films anciens mis en regard d’images plus récentes.

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Autre partie importante du parcours : les céramiques. Leur présence rappelle l’histoire des « Poteries de Monaco ». À la fin du XIXe siècle, Marie Blanc, épouse de François Blanc, souhaite que Monaco puisse présenter des productions dignes de la Principauté lors de l’Exposition universelle de Vienne de 1873. Peu satisfaite des productions locales disponibles, elle fait présenter des céramiques provenant du couple Fischer, installé à Oloron-Sainte-Marie. Leur succès est tel qu’elle convainc les Fischer de venir s’installer à Monaco. La première poterie artistique monégasque ouvre ainsi en 1874. Le musée conserve plusieurs témoignages de cette aventure, avec des pièces permettant de distinguer les styles développés par les différents ateliers.

Un bilan encourageant et des perspectives

Pour le Comité, cette nouvelle ouverture constitue déjà un test grandeur nature. Le musée avait accueilli environ 600 visiteurs en juin et autour de 800 en juillet, selon les chiffres communiqués par Claude Manzone. Des visiteurs venus de 40 nationalités différentes. Dans le livre d’or, la présidente dit avoir été particulièrement sensible aux commentaires laissés par les visiteurs étrangers. Le musée veut raconter autre chose : un territoire où une population a construit et conservé une identité, des pratiques et une langue.

À l’entrée du musée, une table interactive permet de naviguer entre les différentes thématiques : rues, bâtiments, personnages, fêtes et histoire. Disponible en français, anglais et italien, elle doit encore évoluer dans les prochaines années, avec davantage de contenus, de langues, de films ou encore des enregistrements permettant d’entendre la langue monégasque et ses chants. Pour l’heure, le musée est ouvert jusqu’au 30 septembre, tous les jours sauf le lundi, de 10 h 30 à 17 h. Des visites de groupes peuvent également être organisées sur rendez-vous. Le tout gratuitement. Après avoir longtemps attendu sa réouverture, le musée du Vieux Monaco semble donc avoir trouvé une nouvelle manière de raconter son patrimoine.