Montpellier : trois rues rendent hommage à des savants du XIXe siècle
Dans un quartier de Montpellier, à proximité de la voie ferrée, trois rues étroites arborent des noms évocateurs : Sarda, Delage et Lombard. Ces voies, autrefois privées et intégrées au réseau public seulement en 1959, honorent trois professeurs du XIXe siècle dont les travaux ont contribué au rayonnement scientifique de la ville. Qui étaient ces hommes ? Se connaissaient-ils ? Plongeons dans l'histoire de ces figures académiques montpelliéraines.
Gaston Sarda : le médecin légiste pionnier
Gaston Sarda est né en 1854 à Ouveillan, dans l'Aude. Agrégé de médecine en 1889, il est élu membre de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier (ASL) dès 1890. Cette institution, héritière de sociétés savantes remontant à Louis XIV, avait pour mission de "faire fleurir les arts et les sciences", un objectif qui perdure. Sarda résidait au 1, rue Germain, près de la faculté de médecine.
À partir de 1894, il enseigne la pathologie et la thérapeutique générale, puis devient professeur de médecine légale de 1898 jusqu'à sa mort à 66 ans. Parmi ses travaux marquants, on retient ses recherches sur le diagnostic des taches de sang par les cristaux d'hématine, publiées en 1911. Contemporain d'Auguste Delage, il a probablement croisé ce géologue dans les cercles académiques montpelliérains.
Auguste Delage : le géologue de terrain
Auguste Delage (1849-1919), né à Chabanais en Charente, s'est distingué comme géologue et minéralogiste. Après avoir été maître de conférences de minéralogie et d'exploitation des mines à Alger en 1880, où il publie Géologie du Sahel d'Alger, il s'installe à Montpellier. En 1887, il y officie comme maître de conférences à la faculté des sciences, puis exerce comme professeur de géologie de 1890 à 1907.
Membre de l'ASL de 1893 à 1919, Delage était un homme de terrain. Il s'est notamment intéressé aux empreintes de pieds de grands quadrupèdes dans le Permien inférieur de l'Hérault, une étude publiée en 1912. Ses travaux ont enrichi la connaissance géologique de la région.
Louis Lombard : le professeur au passé tumultueux
Le cas de Louis Lombard est plus mystérieux. Une délibération municipale du 25 juillet 1935 mentionne la rue privée Professeur-Lombard, aux Aubes. Les archives de Montpellier révèlent qu'il est né en 1804 à Tallard, dans les Hautes-Alpes, et mort en 1855 à Montpellier. Il n'a donc jamais rencontré Sarda et Delage, étant d'une génération antérieure.
Docteur en médecine en 1842, Lombard a connu un épisode tumultueux : peu après son doctorat, il a fait l'objet de poursuites pour avoir organisé, avec neuf étudiants, un chahut à la faculté des sciences pendant des cours de physique. Agrégé en 1844, il a ensuite enseigné à la faculté de médecine. Parmi ses écrits, on note une Notice sur les eaux des diverses sources de Lamalou et des environs publiée en 1851.
Un héritage universitaire vivant
Ces trois rues, aujourd'hui intégrées au paysage urbain de Montpellier, témoignent de l'importance historique de l'université dans la ville. Elles rappellent que Montpellier a été, et reste, un pôle d'excellence scientifique. Les parcours de Sarda, Delage et Lombard illustrent la diversité des disciplines – médecine, géologie, enseignement – qui ont façonné le patrimoine académique local.
Leur héritage perdure, non seulement dans la toponymie, mais aussi dans la mémoire collective, rappelant que les sciences ont toujours fleur à Montpellier, portées par des personnalités engagées et innovantes.



