Le Topo : un train centenaire au cœur du Pays basque
Impossible de séjourner dans le sud-ouest du Pays basque sans croiser la route du Topo. Ce train, surnommé affectueusement « la taupe » en raison des nombreux tunnels qu'il traverse, constitue un lien vital entre la France et l'Espagne, unissant les communautés locales et accueillant les touristes depuis plus d'un siècle.
Les origines d'un projet ambitieux
Le 5 décembre 1912 marque l'inauguration officielle du Topo, un événement historique pour la région. Ce train à voie métrique, long de 21,6 kilomètres, relie Hendaye en France à Saint-Sébastien en Espagne. Son tracé impressionnant comprend quatre viaducs et quatorze tunnels, totalisant près de six kilomètres de passages souterrains. Dès ses débuts, le Topo se positionne comme un précurseur du train-tramway moderne, une innovation pour l'époque.
L'objectif initial était de faciliter les connexions entre les réseaux ferroviaires français et espagnols, particulièrement développés côté ibérique. Après des démarches administratives complexes, la Compañía del Ferrocarril d’Elgóibar à Saint-Sébastien obtient la concession en 1890. En 1906, une fusion donne naissance aux Ferrocarriles Vascongados, qui choisissent de créer une nouvelle ligne plutôt que d'ajouter une voie à l'existante.
Les travaux, rendus ardus par la topographie montagneuse, aboutissent finalement. L'autorisation française pour un pont sur la Bidassoa en juillet 1912 permet au Topo de devenir international. Le 13 juillet 1913, la liaison complète avec Hendaye est établie, malgré une tragique collision ferroviaire le même jour à Irún, causant sept morts et vingt blessés graves.
Survivre aux tumultes du XXe siècle
Le Topo n'échappe pas aux conflits mondiaux. Pendant la Première Guerre mondiale, la frontière ferme fréquemment, la France renforçant les contrôles face à une Espagne neutre. La Guerre civile espagnole en 1936 entraîne une nouvelle fermeture, prolongée par la Seconde Guerre mondiale et le blocus contre le régime franquiste. Cette interruption dure douze ans, jusqu'au retour du train à Hendaye le 1er mars 1948.
Les décennies 1960 et 1970 apportent d'autres défis. La suppression de la voie urbaine à Saint-Sébastien en 1954, combinée aux coûts d'exploitation élevés et à la concurrence, plonge la ligne dans des difficultés financières. En 1973, les promoteurs abandonnent l'exploitation.
Heureusement, l'entreprise FEVE intervient, reconstruisant les tunnels effondrés et modernisant l'infrastructure. Le 5 mai 1978, de nouvelles rames sont introduites, redonnant vie au Topo. En 1979, la gestion est transférée au Gouvernement basque, qui poursuit les améliorations via EuskoTren et Euskal Trenbide Sarea, ouvrant de nouvelles gares.
Le Topo aujourd'hui : un avenir prometteur
De nos jours, le Topo transporte plus de 700 000 voyageurs par an, avec des wagons bondés aux heures de pointe. Il s'intègre désormais dans le vaste projet de métro de Saint-Sébastien, envisagé comme un réseau global reliant Hendaye à Bilbao. Ernesto Martínez de Cabredo, directeur général d'Euskal Trenbide Sarea, souligne l'importance de cette vision élargie.
D'un projet audacieux, le Topo est devenu un pilier des connexions transfrontalières en Europe, enrichissant la vie des habitants des deux côtés de la Bidassoa. Son histoire, marquée par des épreuves et des renouveaux, témoigne de la résilience et de l'innovation ferroviaire.



