Lascaux : la fermeture de la grotte en 1963, une décision cruciale pour la préservation
Dans les archives, la grotte préhistorique de Lascaux, située en Dordogne, représente un trésor archéologique découvert en 1940. Cependant, pour préserver ses peintures vieilles de plus de 20 000 ans, elle a dû être fermée au public vingt-trois ans plus tard, en 1963. Retour sur cette info avec un article initialement publié le 20 avril 2023.
Les peintures de la grotte de Lascaux avaient plutôt bien résisté à l’usure du temps grâce à l’effondrement de son entrée. Leur redécouverte en 1940 par des jeunes gens de Montignac, puis leur aménagement en 1948 pour l’ouverture au tourisme de masse par leur propriétaire, le comte de La Rochefoucauld, ont engendré les premières dégradations. Pour supporter l’afflux de visiteurs, l’installation d’une machine de régulation d’air en 1958 a nécessité un gros chantier qui a défoncé les sols. Ce qui a progressivement provoqué des problèmes en chaîne mettant en péril sa conservation et abouti à la fermeture au public en 1963.
La genèse des problèmes reconstituée
La genèse des problèmes a été en partie reconstituée au Centre national de Préhistoire, à Périgueux. Cette ébauche d’un « chronogramme » réalisée par Stéphane Konik, ingénieur de recherche, basé sur des documents très variés, permet de voir l’enchaînement des événements qui ont conduit à la décision de fermeture puis au refus de réouverture. L’auteur s’est surtout attaché aux effets de la première machine de régulation d’air pour apporter un regard historique sur les recherches du Conseil scientifique des années 2000.
« Il fallait réexaminer les décisions prises à l’époque pour savoir si elles avaient été fondées, explique l’auteur. Mais la grotte avait déjà changé entre l’époque de la réalisation par les paléolithiques et la découverte : par exemple, des courants d’air avaient effacé des peintures sur certaines parois… »
Maladies blanche et verte
Dès 1955, un rapport réalisé par Jacques Noetzlin énumérait les soucis depuis l’ouverture de la grotte, causés par la forte fréquentation du public : désagrégation de la roche, calcification (dite maladie blanche), décoloration de peinture par altération chimique et développement d’organismes végétaux (dite maladie verte). En 1962, alors que les difficultés se multiplient, une commission se met à chercher des solutions et analyse les effets de l’appareil de traitement d’air installé en 1958 au terme de gros travaux destructeurs.
Le rôle de cette machine était d’enlever l’excédent de dioxyde de carbone, de maintenir une humidité ambiante à 96 % et la chaleur à 14 degrés. Stéphane Konik commente : « C’était déjà une erreur, car il aurait fallu 99 % d’humidité et 12 degrés. On avait déjà asséché et réchauffé la grotte. » La machine devait décrasser l’air de la poussière, mais brassait des spores qui faisaient pousser des algues partout où il y avait de la lumière.
En décembre 1962, ceux qui surveillaient la machine étaient pourtant satisfaits de son fonctionnement, car elle avait permis d’augmenter le nombre de visiteurs de 475 à 1 200 par jour. Elle dopait le tourisme. Mais le rapport disait qu’elle n’enrayait pas le danger de calcification des parois.
Vote à bulletins secrets
Le développement des taches vertes était le principal problème combattu en 1962. L’apparition de fougères et de mousses avait été constatée autour des projecteurs : l’augmentation du nombre de visites allongeait la durée d’éclairage et donc, de la poussée de la végétation dans la grotte. La poussière soulevée par les visiteurs s’accumulait aussi sur les parois. La réalisation d’un sol cimenté était envisagée.
Alerté par une commission scientifique mise en place pour protéger le patrimoine, le ministre de la Culture, André Malraux, lance en 1963 une action de fermeture au public « pour des raisons de conservation ». La démarche, entamée au mois de mars, est appliquée dès le 17 avril, comme en témoigne une photo d’archives. Mais la date officielle retenue par le ministère est celle du 18 avril.
La commission scientifique pour la sauvegarde de la grotte se réunit plusieurs fois durant l’année 1963. Elle préconise un inventaire complet du site. Le professeur Henry Schoeller propose dès le mois de mai un programme de recherche complet et la mise en place de capteurs télécommandés depuis l’extérieur pour suivre tous les paramètres. C’était visionnaire et cela n’a été réalisé qu’à partir des années 1990. Des solutions sont proposées pour limiter les éclairages, arroser les sols d’un produit biocide, installer des écrans protecteurs…
La fermeture de Lascaux, au début provisoire, a pourtant été prolongée. Un vote à bulletins secrets de la commission de surveillance a refusé la réouverture le 19 juin 1963. Ensuite, les projets se sont multipliés pour tenter une réouverture. Comme, par exemple, l’idée folle d’ouvrir une nouvelle entrée passant par le fond du puits pour arriver à la salle des taureaux par un tunnel de verre ! Plus sérieusement, c’est la réalisation d’un fac-similé qui a fini par faire son chemin pour répondre aux demandes du public et relancer le tourisme local.
150 grottes suivies
Le Centre national de la Préhistoire, service du ministère de la Culture décentralisé à Périgueux, suit les grottes et sites ornés de France métropolitaine et d’Outremer. Sur les 150 classés, un tiers se trouve en Dordogne. L’équipe basée, près de la tour de Vésone, est chargée d’études et de documentation sur les monuments historiques d’époque préhistorique. Elle est dirigée par Geneviève Pinçon.



