Une victoire historique pour le patrimoine de Laplume
La commune de Laplume, dans l'Agenais, vient de remporter une victoire remarquable dans la sauvegarde de son patrimoine. La municipalité a été officiellement désignée, ce mardi 24 février, comme l'unique lauréate de l'opération « Le Plus Grand Musée de France », un concours organisé par la société Allianz et la Sauvegarde de l'art français.
Une mobilisation qui dépasse les frontières du village
Ce qui rend cette victoire particulièrement exceptionnelle, c'est l'ampleur de la mobilisation citoyenne qui l'a rendue possible. Avec 3 214 suffrages obtenus contre 3 059 pour la ville de Belin-Béliet en Gironde, la commune pennavienne a engrangé plus de votes qu'elle ne compte d'habitants, puisque Laplume ne dépasse pas les 1 300 âmes.
« La mobilisation a été extraordinaire et il faut remercier tous les gens qui ont voté pour nous », souligne Séverine Coudert, maire de Laplume, visiblement émue par cet élan de solidarité.
Une œuvre du XVIIe siècle en péril
L'objet de cette mobilisation n'est autre que « La mise au tombeau », une peinture du XVIIe siècle représentant une scène de la Passion du Christ. Cette œuvre, inscrite aux Monuments historiques depuis 1978, était gravement menacée :
- La toile présente des déformations importantes
- Des déchirures sont visibles sur la surface
- L'encrassement et les traces d'humidité ont altéré la couche picturale
- L'auteur ou les auteurs de l'œuvre restent à ce jour inconnus
« Sans cette restauration, l'avenir du tableau serait compromis », assure la maire de Laplume, dont le village, comme beaucoup d'autres en France, est confronté à la nécessité de sauver un patrimoine déliquescent.
Un financement crucial pour la restauration
La victoire dans ce concours apporte une manne financière essentielle : 8 000 euros qui seront alloués à la restauration du tableau. Cette somme représente la moitié du coût total des travaux, l'autre moitié étant prise en charge par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac).
« Cette aide est capitale pour un village de 1 300 habitants tel que le nôtre », explique Séverine Coudert. « Elle viendra s'ajouter à l'aide de la Drac que nous avons obtenue et pèse pour la moitié du coût de la restauration. »
Une course serrée jusqu'à la fin
La victoire n'a pas été facile. Pendant longtemps, c'est la commune de Belin-Béliet en Gironde, avec son projet de restauration d'une statue de Saint-Jean-l'Évangéliste, qui a mené la course. Mais les habitants et sympathisants de Laplume se sont mobilisés de manière exceptionnelle dans les derniers jours du concours.
« Nous nous sommes démenés, battu le rappel et nous avons accroché la première place dans les derniers jours du concours », raconte la première magistrate avec fierté.
Un enjeu national pour le patrimoine français
Cette victoire locale s'inscrit dans un contexte national préoccupant pour la sauvegarde du patrimoine. Comme le souligne l'ouvrage « Alerte sur le patrimoine » de Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice générale du Patrimoine au ministère de la Culture, la France fait face à un délabrement généralisé de son patrimoine et à une insuffisance chronique des subsides pour y remédier.
La situation actuelle rappelle tristement les alertes lancées dès les années 1960 par l'émission « Chefs-d'œuvre en péril » sur France Inter. Aujourd'hui, les défis se sont encore complexifiés avec notamment les effets du changement climatique sur les œuvres d'art et les bâtiments historiques.
Une lueur d'espoir dans le paysage patrimonial
L'exemple de Laplume montre cependant qu'il existe des solutions. La mobilisation citoyenne, couplée à des opérations de mécénat innovantes comme celle organisée par Allianz et la Sauvegarde de l'art français, peut permettre de sauver des œuvres qui semblaient condamnées.
À Laplume, grâce à cette extraordinaire mobilisation, « La mise au tombeau » échappera finalement à une mise à la poubelle certaine. La restauration pourra bientôt commencer, redonnant à cette œuvre du XVIIe siècle sa splendeur d'antan et permettant aux générations futures de continuer à l'admirer dans l'église Saint-Barthélémy.
Cette victoire démontre que même les plus petites communes peuvent sauver leur patrimoine lorsqu'elles parviennent à fédérer les énergies et à susciter l'enthousiasme au-delà de leurs frontières. Un bel exemple de résilience culturelle dans une France où la sauvegarde du patrimoine reste un combat quotidien.



