Au Bourguet, la fontaine ne se contente pas de donner de l’eau : elle conserve une part de la mémoire du village. Protégée par un tilleul, elle fait tellement partie du paysage que l’on finirait presque par ne plus la remarquer. Pourtant, dimanche 26 juillet 2026, habitants et élus se sont réunis autour d’elle pour célébrer ses cent ans. La cérémonie s’est déroulée en présence du maire Raphaël Perrimond, de ses adjoints, de membres du conseil municipal et de nombreux habitants. Un rendez-vous rappelant l’importance de l’eau, ressource indispensable et aujourd’hui plus précieuse que jamais.
Un angelot au sommet
Construite en 1926 sous le mandat du maire Marius Collomb, la fontaine avait profondément changé le quotidien des habitants. Auparavant, ceux-ci puisaient l’eau à une source située au-dessus du village, à plus d’une centaine de mètres des maisons. L’arrivée de l’eau au cœur du Bourguet fut donc vécue comme une révolution. Le jour de l’inauguration, les cordons furent coupés et l’eau jaillit enfin. Ce qui paraît aujourd’hui naturel avait alors quelque chose de presque magique.
La fontaine devint rapidement un équipement indispensable, mais aussi un point de rencontre où l’on venait remplir les cruches, échanger les nouvelles et discuter. Quelques années plus tard, le conseil municipal estima qu’il manquait une décoration à l’ouvrage. Il fut décidé d’installer à son sommet un petit angelot portant une vasque. La fontaine devenait ainsi une curiosité du village. Mais la statue allait également être au cœur d’une anecdote longtemps racontée par les anciens.
Quand l’angelot tomba du ciel
À l’occasion d’une fête, les habitants avaient décoré les rues avec des guirlandes confectionnées à la main. Des bandes de papier multicolores et des fils traversaient les ruelles. Lorsque le camion de l’épicier vint ravitailler le village, il accrocha l’un des fils installés près de la fontaine. Déséquilibré, l’angelot tomba de son emplacement. À cet instant, Yvonne Chauvin, enceinte, se reposait à l’ombre du tilleul. Elle vit soudain la statue lui frôler la cheville. Heureusement, l’incident fut sans conséquence : la jeune femme ne fut pas blessée et l’émotion ne provoqua pas l’accouchement.
L’angelot fut remis en place et cette histoire devint l’une des anecdotes savoureuses du village. Elle est encore racontée par Christiane Ricca, 74 ans, fille de Simone Chauvin, une habitante qui perpétue la mémoire locale. Après le discours du maire actuel Raphaël Perrimond, la fontaine a été bénie, comme le veut la tradition, par le prêtre Gilles Surply, de Comps-sur-Artuby, sous les applaudissements des habitants.
Cent ans de murmure
À l’occasion du centenaire, le comité des fêtes, organisateur de la Sainte-Anne et de cette journée anniversaire, proposait un pin’s portant l’inscription : « 100 ans de murmure ». Une formule qui invite à remonter le temps. Que murmurait-elle donc, le 26 juillet 1926, jour de son inauguration ? Ce jour-là, une foule nombreuse s’était rassemblée autour du nouvel ouvrage. Parmi les personnalités présentes figuraient le maire Marius Collomp, accompagné de son adjoint Marius Pin, ainsi que le conseiller général de l’époque, Émilien Mondet.
L’ingénieur Jacques La Ponche et l’entrepreneur Jérôme Agnese, chargés de la réalisation de la fontaine, assistaient également à la cérémonie. Plus discrète, gravée sur le côté de l’édifice, apparaît encore aujourd’hui la signature de celui qui lui donna vie : « Opovitch – Draguignan », le fontainier qui participa à sa construction. Les archives permettent aussi de reconnaître plusieurs familles du village parmi l’assistance : J.-B. Cauvin, Joseph Cauvin et François Honorat, sous le regard attentif de l’instituteur Joseph Bonnome. À leurs côtés se tenaient également Maria, le cantonnier, Adolphe Gilbert, garde champêtre, et François Honorat, l’aubergiste.
Cent ans après sa construction, la fontaine occupe toujours une place centrale dans la vie du village. On y papote, on y prend le frais et les cyclistes venant de Castellane s’y arrêtent après la montée. Il paraît même que, depuis sa bénédiction, l’eau est meilleure. Il ne reste qu’à la goûter pour le vérifier !



