La société Pierres et Traditions, installée à Poussan et forte de sept générations de tailleurs de pierre, a été chargée du démontage et du remontage à l'identique du socle en pierre du kiosque Franke sur la place Aristide-Briand à Sète. Un chantier lourd de symboles.
Un kiosque centenaire remis à neuf
Le kiosque à musique Franke a retrouvé sa place sur la place Aristide-Briand. Du moins, sa base. « Elle est au centimètre près par rapport à son implantation précédente », précise Gérard Gascon, 77 ans, conducteur de travaux et membre de l'avant-dernière génération des fondateurs de l'entreprise familiale Pierres et Traditions, aujourd'hui implantée à Poussan. Cette famille de carriers et tailleurs de pierre, originaire de Castellon en Espagne, perpétue son savoir-faire depuis sept générations. Une histoire de « passion et de transmission », confie-t-il.
C'est sa nièce, Sandrine Gascon, qui dirige aujourd'hui cette Scop (Société coopérative ouvrière de production). C'est donc Pierres et Traditions qui a eu la délicate mission de démonter puis de remonter la base lapidaire du fameux kiosque, devenu un élément majeur du patrimoine sétois, dans le cadre de l'aménagement de la place Aristide-Briand et de son parking. Une mission complexe car le kiosque, offert à la Ville par Johan Franke, un négociant allemand installé à Sète, et œuvre de l'architecte sétois Léon Rosiès, est un ouvrage d'art de 135 ans. Une plaque en marbre rouge, couleur « griotte », avec l'inscription « offert à la Ville par Mr J Franke, 21 octobre 1891 », en témoigne.
Un puzzle géant de plus de mille pièces
Cédric Archimbeau, compagnon tailleur de pierre, et Robert de los Rios, maçon spécialisé en « limouserie », une technique spécifique pour le montage des murs, apportent la touche finale, sous l'œil de Gérard Gascon qui a assuré le suivi et la coordination du chantier. « Tout est d'origine », rappelle Sandrine Gascon. Rien que pour le remontage, trois à quatre personnes ont été mobilisées pendant au moins trois mois. « Il y a eu un énorme travail de préparation en amont à l'atelier de production à Poussan (dirigé par Sébastien Moreno, NDLR) », poursuit la gérante.
Il y a d'abord eu l'étape du démontage à l'automne 2022. Une phase cruciale a été ce que le compagnon Cédric Archimbeau nomme le « calepin », c'est-à-dire l'opération d'identification, de calibrage et de numérotation de chaque pierre, afin de respecter le sens de pose d'origine. Un véritable puzzle géant. « Il y a plus de mille pièces, ajoute l'artisan, 120 moellons en marbre rouge par face du kiosque à base octogonale », poursuit-il. Chacune a été numérotée et conditionnée précieusement dans des caisses à l'atelier de Poussan, avant d'être replacée après les travaux du parking, exactement à la même place, au sein de la paroi qui s'appuie autour d'une ossature de béton.
Le socle orné du kiosque intègre aussi des matériaux de la région comme la pierre de Tavel, le calcaire jurassique ou encore la pierre de Pompignan.
Des éléments remplacés pour une seconde vie
« Quelques éléments ont dû être remplacés », ajoute Sandrine Gascon. Notamment sur la partie du couronnement (partie supérieure de la base octogonale du kiosque). « Certaines pierres étaient cassées. Des éléments métalliques du kiosque ont été corrodés sous l'effet des infiltrations d'eau et la rouille avait fini par faire éclater certaines pierres. » Au niveau du soubassement également. Un travail de taille a donc été nécessaire sur une vingtaine de pièces. Les oculus, sortes de petites fenêtres rondes, ont dû être refaits à neuf. La plaque commémorative a été repolie et redorée.
Les tailleurs de pierre ont soigneusement nettoyé les moellons avant de les reposer et « décrotté » les blocs du soubassement. « Nous devons nous assurer de la durabilité de l'ouvrage en le restituant de la manière la plus fidèle possible puisque nous lui donnons à travers ce chantier une seconde vie, pour 135 ans encore ! », résume Sandrine Gascon.
Dernière étape : la pose du jointoiement coloré, à base de sable, de chaux et d'un colorant dédié. « Nous avons mené des recherches pour restituer une couleur la plus harmonisée possible avec la teinte d'origine. » Dans quelques jours, la base du kiosque sera terminée et le chantier laissera la place à d'autres entreprises pour que les balustrades et la charpente puissent reprendre leur place.
Une valeur symbolique forte pour les Sétois
« Pour nous le kiosque, ce n'est pas un chantier énorme mais il a une valeur symbolique très forte. Les Sétois y sont attachés, y ont tous leurs souvenirs, il y a une âme, conclut Sandrine Gascon. Et à travers lui nous participons aussi à la conservation et la transmission de ce patrimoine. »



