José Tomás, le torero miraculé : quinze cornadas et une légende immortelle
José Tomás, le torrier miraculé aux quinze cornadas

Le retour d'un dieu vivant des arènes

Laissé pour mort au Mexique en 2010 après une terrible cornada, le torero José Tomás a écrit sa légende en revenant sur le sable, défiant la mort à maintes reprises. Son parcours est une succession de blessures graves, de miracles médicaux et de moments de grâce tauromachique qui ont marqué l'histoire de la corrida contemporaine.

Des blessures qui forgent un mythe

Quinze cornadas composent le chapelet sanglant de José Tomás. La première survient en 1994 au Mexique alors qu'il n'est encore que novillero. Les années suivantes, 1995 et 1996, confirment sa vulnérabilité face aux cornes. Mais c'est à partir de 2002 que les blessures s'enchaînent : Madrid, Estella, Saragosse, Séville, Santander et Badajoz voient le matador tomber et se relever.

En 2008, il « charge dur » avec des coups de corne à Jerez, Madrid, Puerto de Santa Maria et Cuenca. Puis vient le drame d'Aguascalientes au Mexique, le 24 avril 2010. Le cinquième toro de l'élevage de Santiago, nommé « Navegante », vise sa jambe gauche en fin de faena. La scène est apocalyptique : appel au public pour don de sang (groupe A négatif), huit litres de plasma transfusés, fémorale, veines iliaque et saphène en lambeaux.

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Un transport d'urgence historique

Six motards escortent son transport vers l'hôpital, avec un arrêt vital dans un couvent de bonnes sœurs pour une réanimation d'urgence. Le chirurgien Val-Carreres, qui le sauvera tout comme il sauvera Mariano de la Viña en 2019, témoigne : « Ce type est à part. Il a gardé dans sa cuisse plus d'un litre de sang. Au réveil, il m'a avoué que quand il partait toréer, il laissait son corps à l'hôtel... »

Le triomphe de Nîmes en 2012

Après cette quasi-mort, sa tournée 2011 ne comporte que neuf paseos, dont Bayonne et Nîmes. Conscient qu'une nouvelle blessure pourrait être fatale, il fait suivre à chaque corrida des poches de son rare groupe sanguin. Puis vient 2012 et le solo légendaire de Nîmes le 16 septembre.

Un moment d'éternité tauromachique

Les extraits du compte rendu décrivent une scène sublime : « C'est le dernier muletazo qui fut le plus sublime. L'épée est dans le corps du toro qui tarde à tomber. José Tomás la retire lentement. La cuadrilla s'écarte, José reste seul. D'une minuscule virgule de muleta, il le fait avancer d'un pas et le toro s'écroule. »

Sur les gradins, l'émotion est à son comble. Des « Vive la mère qui t'a mis au monde ! » fusent, auxquels répond un « Vive toutes les femmes ! ». Des bannières du Mexique, de Colombie, d'Italie, d'Allemagne s'agitent à chaque vuelta de ce « dieu vivant ».

Une technique unique et sensorielle

José Tomás possède une approche unique de la tauromachie. À Saint-Sébastien en août 2016, il démontre son extraordinaire connexion avec l'animal : « José Tomás les possédait tous. Notamment l'odorat, avec lequel il était parvenu à normaliser sa présence face au second cornu. Ce toro se retournait et replongeait dans le leurre juste en sentant l'homme. »

Le silence comme arme

En piste, six picadors et neuf péons sont dirigés sans un cri, sans une remontrance. José se contente de leur murmurer « Vale » (c'est bon). Il fait même taire le toro d'El Pilar qui meuglait mais finit par lui « manger dans la main ».

Un public d'exception

Parmi les 16 000 témoins de ses exploits, on compte des personnalités du monde culturel et sportif :

  • L'académicienne Florence Delay
  • Les comédiens Édouard Baer, Denis Podalydès, Pierre Arditi, François Marthouret
  • Le chanteur Eddy Mitchell
  • Les sportifs Bernard Laporte et Vicente del Bosque

Tous « bombent doucement le torse pour toréer avec lui et en lui », captivés par sa maestria. Les prix des billets sont multipliés par dix, et deux jets privés d'aficionados russes redécollent pour Moscou après le spectacle.

L'ombre du Covid-19 et l'attente de 2021

José Tomás Román Martin soufflera ses 45 ans ce jeudi 20 août. Il était programmé cette saison à Nîmes, à la feria de Pentecôte et à celle des Vendanges en septembre. Le Covid-19 a tout fait capoter, mais le matador attend certainement la temporada 2021 de ses fermes zapatillas.

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Neuf mois d'hôtel pour y oublier son corps et y laisser ses peurs... Le miracle José Tomás continue de fasciner, entre chair martyrisée et esprit indomptable, entre mort frôlée et renaissance perpétuelle dans l'arène.