Bordeaux honore enfin Heinz Stahlschmidt, le soldat allemand qui sauva son port en 1944
Heinz Stahlschmidt, le héros oublié du port de Bordeaux

Un acte de bravoure longtemps ignoré

Le 22 août 1944, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, un jeune soldat allemand nommé Heinz Stahlschmidt accomplit un geste héroïque qui allait sauver le port de Bordeaux d'une destruction certaine. Missionné par la Kriegsmarine en déroute pour mettre en œuvre un plan de minage dévastateur, il refusa d'obéir à des ordres d'une violence inouïe dans un conflit déjà perdu. À la place, il fit sauter seul le blockhaus de la rue Raze, où étaient entreposées plus de 4 000 amorces, munitions, mèches et détonateurs, rendant ainsi impossible l'exécution du sabotage.

Une vie dans l'ombre

Considéré comme un traître en Allemagne, Heinz Stahlschmidt choisit de rester à Bordeaux après la guerre, naturalisé français sous le nom d'Henri Salmide. Pourtant, son acte de bravoure ne fut pas reconnu pendant des décennies. En mai 1995, juste avant sa disparition, le maire Jacques Chaban-Delmas lui remit une modeste médaille d'argent, un geste tardif qui peinait à compenser des années d'oubli. Chaban, qui avait pris les rênes de la ville à la Libération, connaissait Heinz depuis l'automne 1944, mais préféra ne pas exhumer cette affaire, arguant du climat trouble de l'époque.

« Bordeaux était à l'époque un endroit désespérant, une place infernale où plus personne ne savait qui était qui et qui faisait quoi », déclara-t-il en 1992, justifiant ainsi son silence. Cette attitude reflétait le chabanisme, une philosophie privilégiant la paix et l'honneur retrouvés au prix de l'oubli, dont Heinz Stahlschmidt fut la victime toute sa vie.

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Une reconnaissance enfin accordée

Aujourd'hui, deux ans après sa mort, Heinz Stahlschmidt, alias Henri Salmide, reçoit enfin l'hommage qu'il mérite. Sous l'impulsion d'Hugues Martin et de la direction portuaire, son nom sera donné au siège du nouveau port de Bordeaux. Cet événement, bien que tardif, revêt une grande puissance symbolique dans un quartier en mutation, où une rue portera également son nom. André Moga, adjoint de Chaban dont la mère avait caché Heinz en 1944, n'avait pu rétablir la vérité de son vivant, mais cette décision posthume redonne sa place à l'homme sans patrie.

Heinz Stahlschmidt avait survécu à la Gestapo, mais pas au sacrifice de son identité allemande et à l'oubli collectif. « Nous lui devons », avait concédé Chaban, reconnaissant ainsi qu'il avait sauvé des vies, préservé le patrimoine unique de Bordeaux et hissé la conscience au-dessus des désastres de son époque. Cette reconnaissance tardive rappelle que l'histoire est parfois lente à rendre justice, mais finit par honorer ceux qui ont agi avec courage et humanité.

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