Entre quêtes familiales, secrets enfouis et recherches administratives, deux généalogistes lozériennes racontent un métier où l’histoire éclaire autant le passé que le présent. Le 10e Salon de la généalogie aura lieu les samedi 25 et dimanche 26 juillet 2026 à la halle Saint-Jean de Mende.
Un métier entre enquête intime et service public
Pour beaucoup de Français, la généalogie est une aventure fascinante mais intimidante. Selon un sondage Ifop, 85 % des personnes interrogées la jugent trop complexe et chronophage pour oser franchir le pas. C’est là qu’interviennent Laurence Saragossa et Laëtitia Bortolozzi, deux généalogistes familiales professionnelles installées en Lozère, dont les approches se complètent.
Pour Laurence, la généalogie familiale est avant tout une enquête intime. Derrière l’envie d’en savoir plus sur nos origines se cachent parfois un questionnement identitaire bien plus profond, une difficulté à se construire, une souffrance inexpliquée. Blessures anciennes et secrets de famille ressurgissent alors parfois, tout comme les souffrances de ceux qui les portent.
Des histoires poignantes et des limites
Laurence évoque cette femme de 96 ans qui, encouragée par les recherches menées par son fils, se déleste d’un secret vieux de plusieurs décennies. Ou encore cet homme qui découvre, grâce à elle, un ancêtre disparu dans la Shoah. Cette capacité à construire et déconstruire des légendes familiales exige beaucoup de prudence et d’intelligence émotionnelle : « Il faut replacer les choses dans leur contexte. Par exemple, le décès d’un enfant ou l’image de la fille-mère n’ont pas la même portée selon les époques. »
Parfois aussi, l’histoire résiste et, malgré les recherches, certaines zones d’ombre restent insondables : « La mention "père inconnu", par exemple, est souvent très limitante, concède Laurence. On peut recouper des indices, formuler des hypothèses, mais jamais acquérir de certitude. » Une réalité parfois difficile à entendre.
Au service des collectivités
« Mon profil et ma sensibilité m’ont amenée à accompagner davantage des personnes dans leurs recherches administratives », poursuit Laëtitia Bortolozzi. Juriste de formation et ancienne secrétaire de mairie, elle met aujourd’hui ses compétences au service des collectivités territoriales. Retrouver les héritiers d’un bien abandonné ou en indivision, identifier les propriétaires d’un bâtiment menaçant ruine, rechercher les concessions d’un cimetière ou d’anciennes servitudes… « Je fouille le passé pour répondre à des problématiques du présent. »
Méthode et passion
Ces deux approches illustrent toute la richesse d’une profession méconnue. Pour autant, le terrain d’exploration des deux femmes est assez similaire : état civil, registres paroissiaux, fiches militaires ou archives judiciaires sont autant de sources qui, étudiées avec curiosité et méthode, permettent de retracer toute la vie d’un ancêtre. « Apprentissages, carrière, biens… au cours d’une vie, nous laissons beaucoup de traces », sourit Laëtitia.
Parfois, certaines enquêtes requièrent des connaissances plus spécifiques, « ce qui nous oblige à nous former en permanence : paléographie, histoire, droit, sources inédites… C’est très stimulant intellectuellement et humainement. »
Conseils pour débuter
Mais pas question pour autant de prendre peur lorsque, novice, on souhaite plonger dans nos racines familiales. Laurence, qui propose des formations, et Laëtitia donnent volontiers ce conseil : avant de pousser la porte des archives, il est souvent bien avisé d’aller frapper à celle de nos aïeux. « Les anciens pensent qu’ils n’ont rien d’intéressant à raconter. Mais lorsqu’on prend le temps de les écouter, les anecdotes affluent. » Un carnet ou un dictaphone suffisent alors à préserver cette précieuse mémoire vivante.
Les vieux tiroirs parlent aussi. Ceux que l’on n’ouvre guère qu’à l’occasion d’un décès et dont on vide le contenu sans plus de cérémonie. Livret de famille, lettres, photos jaunies, cartes postales, bulletins scolaires sont de véritables mines d’or pour qui souhaite remonter le fil de son histoire. « De nombreuses sources sont aussi disponibles sur internet : Archives départementales, sites spécialisés, cercles de généalogie, réseaux sociaux… Dans cette pratique, l’entraide est très présente, même s’il est conseillé de se rapprocher d’une association ou d’un généalogiste familial pour acquérir la méthode. »
La généalogie nous entraîne parfois à l’autre bout du monde. D’autres fois, elle débute autour d’une table de cuisine, au détour d’une conversation ou d’un album photo. On découvre alors que cette grand-mère effacée ou cet inconnu sur papier glacé nous ressemblent bien plus qu’on ne l’aurait imaginé.
10e Salon de la généalogie à Mende
Pour ses dix ans, l’événement organisé par le Cercle Lozérien de généalogie occupera les travées de la Halle Saint-Jean les 25 et 26 juillet 2026. Au programme : conférences, ateliers, conseils et échanges passionnants. Détails sur clg48.fr.



