L'église Saint-Jacques de Bordeaux sauvée après avoir servi de parking
Église Saint-Jacques de Bordeaux sauvée après parking

Une église historique transformée en parking

Dans nos archives - Une photographie choquante, montrant des voitures garées dans la nef de l'église Saint-Jacques, avait profondément ému les internautes et fut à l'origine de la création d'un collectif citoyen en mai 2020. Le 18 août 2021, l'édifice religieux bénéficiait enfin de la protection de l'État. Depuis février 2026, des travaux de sauvegarde ont enfin débuté, pour l'occasion nous republions notre article d'août 2022.

Un trésor caché derrière une porte de garage

Difficile d'imaginer que derrière cette porte de garage, située au 10, rue du Mirail à Bordeaux, se cache un véritable monument historique. Seule une discrète plaque en métal sur le trottoir rappelle le passé glorieux de l'église Saint-Jacques, complètement invisible depuis la rue. « Elle est souvent appelée chapelle, car c'était celle de l'hôpital Saint-Jacques. Il accueillait les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et s'occupait des pauvres », précise avec passion Guilhem Pépin, historien spécialiste de l'Aquitaine anglaise et diplômé d'Oxford.

Cet érudit est à l'origine du collectif 1120 - nommé ainsi en référence à la date de création initiale de l'édifice, refait au XVe siècle - qui a œuvré sans relâche à l'inscription, puis au classement de l'église Saint-Jacques au titre des monuments historiques. Ce classement tant attendu a été officiellement acté le 3 août 2022, marquant l'achèvement d'un combat de plusieurs années pour Guilhem Pépin et son équipe.

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La découverte fortuite et le choc des images

C'est « en 2018, je crois », que l'historien découvre l'existence de cet édifice religieux, aujourd'hui propriété privée, grâce à un texte de Samuel Drapeau consulté à la bibliothèque de Bordeaux. « J'avais rencontré la propriétaire, mais elle ne m'avait pas ouvert le lieu. J'avais dans l'idée qu'il fallait faire quelque chose », raconte Guilhem Pépin, convaincu de la valeur architecturale et historique « d'un des rares vestiges du XVe siècle à Bordeaux ».

Le tournant décisif survient en 2020 lorsqu'il tombe par hasard sur une photo postée sur le groupe Facebook Bordeaux, je me souviens. Prise par un passant, elle montre l'intérieur de l'église dont la nef a été transformée en parking, avec la clé de voûte - effondrée en 2001 - retenue par un échafaudage précaire. « C'était la photo qu'il nous manquait ! C'est difficile d'émouvoir les gens avec seulement une description », s'exclame l'historien. « Certains Bordelais, y compris ceux qui habitaient dans la rue, ne savaient même pas que l'église existait… »

La mobilisation citoyenne et institutionnelle

En mai 2020, Guilhem Pépin crée son collectif qui envoie d'abord un courrier à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), puis à la municipalité bordelaise qui soutient immédiatement le projet. « Il y a une bonne demi-douzaine de raisons de sauver cette église », affirme Stéphane Gomot, conseiller municipal délégué. « Nous sommes en présence d'un bâtiment à même de montrer toute l'épaisseur de l'histoire bordelaise. Bordeaux, ce n'est pas que le XVIIIe siècle et Aliénor d'Aquitaine ! »

La photo des voitures alignées dans l'église émeut les réseaux sociaux et entraîne une couverture médiatique importante, dont celle du magazine parisien La Tribune de l'art. Dès le 18 février 2021, moins d'un an après la création du collectif, l'église est inscrite aux monuments historiques. Moins protectrice que le classement, cette inscription peut se faire sans l'autorisation du propriétaire - ce qui n'est pas le cas pour le classement.

Le classement et les perspectives d'avenir

Face au défaut d'accord du propriétaire, le ministre de la Culture décide d'engager une procédure de classement d'office. « Ce classement n'est pas une fin en soi, c'est un jalon. Ce n'est pas ça qui sauve l'endroit », reconnaît avec lucidité Guilhem Pépin. Mais « si nous n'avions rien fait, le bâtiment aurait pu être vendu, découpé en parcelles… »

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Les textes légaux protègent désormais l'édifice : « sans autorisation préalable, l'immeuble classé ne peut pas être détruit, déplacé (même en partie), ni être l'objet de travaux de restauration, de réparation ou de modification ». Désormais, Stéphane Gomot espère « des travaux de confortement, car c'est l'urgence ». Si la Ville n'a pas la compétence pour gérer cette propriété privée sous protection de l'État, elle « ne sera pas étrangère » à son devenir, garantit l'élu.

« On a tous envie de voir ce monument ouvert au public », poursuit-il, reconnaissant toutefois qu'il « faudra encore quelques années ». Contactée, la propriétaire de l'église indique que « c'est un honneur d'être classé », mais fait part de son intention de « vendre [son] bâtiment », ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans la sauvegarde de ce patrimoine bordelais exceptionnel.