François Ier : l'enfance méconnue du roi de la Renaissance
L'image traditionnelle de François Ier le dépeint comme un prince raffiné de la Renaissance, fastueux, séducteur, généreux, ami des arts et des lettres, ainsi que le glorieux vainqueur de la bataille de Marignan en 1515. Cependant, cette représentation idéalisée relève largement de l'image d'Épinal. En réalité, le souverain maîtrisait à peine le latin, était extrêmement dépensier, frivole avec les femmes et moins vaillant à la guerre qu'on ne le croit. Doté d'un caractère faible, il cédait fréquemment aux arguments de sa mère et de sa sœur.
Une naissance sans prédestination royale
Que nous révèle l'enfance de François Ier sur sa personnalité ? Les détails sont rares. Il naît le 12 septembre 1494 au château de Cognac, en Angoumois. Une légende prétend que sa mère, Louise de Savoie, accoucha sous un grand orme, mais cela est probablement faux. Son père, Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, appartient à une branche cadette des Valois, est peu fortuné et en disgrâce royale. Observant ce nourrisson vigoureux, personne n'imagine pour lui un destin royal.
Il a une sœur aînée, Marguerite, future grand-mère d'Henri IV. Comme tous les bébés aristocratiques, François n'est pas allaité par sa mère mais par deux nourrices, en raison de son grand appétit. Louise de Savoie, alors âgée de 19 ans, développe un amour fusionnel pour son fils, à qui seul François de Paule, fondateur des Minimes, prédit un avenir royal.
Les drames familiaux et l'ascension vers le trône
Le premier drame survient à 14 mois : François perd son père, victime d'une pneumonie. Cet événement renforce les liens entre Louise et ses deux enfants. Le roi Charles VIII, chargé de nommer un tuteur à l'orphelin, désigne Louise de Savoie, ce qui est inhabituel car un gentilhomme aurait normalement été choisi. Quelques mois plus tard, la mort de Charles VIII, après s'être cogné la tête contre un chambranle de porte, favorise les intérêts du jeune François. Comme Anne de Bretagne n'a pas donné de fils à Charles VIII, la couronne revient à son cousin Louis d'Orléans, qui n'a pas d'héritier direct. Ainsi, à 4 ans, François, premier prince du sang, devient le dauphin provisoire.
L'éducation d'un héritier putatif
Le nouveau roi, Louis XII, espère qu'Anne de Bretagne lui donnera un fils, mais il ne peut ignorer cet héritier putatif. En 1499, il fait venir François, sa mère et sa sœur à la cour. Constatant leur modeste fortune, il les dote richement, leur attribue le château d'Amboise comme résidence et donne le duché de Valois en apanage à François. Il nomme également le maréchal de Gié comme gouverneur du jeune garçon. Malgré cela, la mère et les enfants restent très soudés, formant la « Trinité d'Amboise ».
Louise de Savoie, se consacrant à l'avenir de son fils, refuse toutes les demandes en mariage, y compris celle du roi d'Angleterre. La famille s'installe au château du Clos-Lucé, près d'Amboise. Bien que les témoignages sur l'éducation des enfants soient rares, Pierre Le Fur suggère dans son ouvrage que Louise applique les textes sur l'éducation des princes royaux, incluant des connaissances politiques, théologiques, métaphysiques et économiques.
La maîtrise du latin et de plusieurs langues européennes est essentielle, avec l'apprentissage de la lecture et de l'écriture via les textes saints, notamment le Nouveau Testament. L'histoire, surtout celle des souverains glorieux, est également importante. Une bonne hygiène de vie et une activité physique intense sont recommandées. François, de forte constitution, s'exerce tôt à la lutte, au lancer du poids, au javelot, au tir à l'arc et à l'escrime. Il chasse, apprend à fabriquer des lacets pour attraper le gibier, monte à cru et pratique les arts de la cour comme le chant, la danse et la musique.
Un élève dissipé et peu studieux
À 6-7 ans, François quitte l'influence féminine pour entrer dans le monde des hommes, avec François Desmoulins comme professeur personnel. Ce dernier rédige un ouvrage sur la sagesse de Cyrus, roi des Perses, pour enseigner la morale à son élève, et un second pour le mettre en garde contre les vices de la vie facile et les jeux d'argent.
Quel genre d'élève fut François Ier ? Les témoignages contemporains révèlent un garçon dissipé, préférant les jeux aux études. François est peu studieux et maîtrise mal le latin. Il adore les batailles rangées avec ses camarades, comme Anne de Montmorency et Robert de La Marck, qui l'accompagneront plus tard sur les champs de bataille. Ils inventent des scénarios de combat, parfois avec l'aide d'adultes, plongeant Louise dans l'angoisse d'un accident qui pourrait coûter la vie à son « César ».
L'adolescence et l'accession au trône
Grand et beau, le jeune François attire l'attention des femmes à la cour d'Amboise. Il est probablement initié aux plaisirs de l'amour avant ses 13 ans. Sa sœur Marguerite rapporte dans ses mémoires qu'une suivante de leur mère tenta de le déniaiser, mais le trouva déjà savant en la matière.
Les années passent sans qu'Anne de Bretagne ne donne naissance à un fils viable. Inquiet, Louis XII renforce la position de son cousin en le fiançant officiellement à sa fille Claude en 1506. En janvier 1512, Anne accouche d'un fils mort-né. Désespéré, le roi intègre François au Conseil du roi et, le 12 octobre 1512, le nomme commandant en chef de l'armée de Guyenne, à 18 ans. Trois ans plus tard, le « César de sa mère » devient roi de France. Enfant trop choyé, il régnera en souverain faible, plus épris de faste que de vision politique, façonnant ainsi son héritage contrasté.



