Fort du Pipaudon : un potentiel énorme mais pas de projet à l'ordre du jour
Fort du Pipaudon : un potentiel énorme mais pas de projet

Le fort militaire du Pipaudon, ouvrage défensif fermé au public sur les hauteurs d'Evenos, présente un potentiel de réhabilitation « énorme », mais la maire de la commune, Blandine Monier, regrette que ce projet ne soit « hélas pas aujourd'hui à l'ordre du jour », faute de ressources financières. Ce bien communal, édifié à la fin du XIXe siècle, attend une nouvelle destination qui le mettrait en valeur.

Un ouvrage du système Séré de Rivières, bien conservé

Le fort du Pipaudon, dédié à la défense terrestre, est le dernier ouvrage militaire défensif de la place de Toulon. « Désaffecté durant l'entre-deux-guerres, il a été édifié avant 1914 et fait partie du système Séré de Rivières, du nom de ce directeur du Génie, ministre de la Guerre, organisateur du relèvement de la défense des frontières après la défaite de 1870 », explique Bernard Cros, ingénieur de la Marine à la retraite, délégué varois de l'association Vauban et membre de l'Académie du Var, qui conduit une visite guidée.

L'édifice, en partie enterré, a été construit de 1893 à 1895 pour un coût de 376 000 francs (entre 1,5 et 2 millions d'euros actuels). « C'est en 1892 que la décision de construire l'ouvrage est prise, poursuit le guide. Il aura alors pour mission de battre la plaine du Beausset, de flanquer le mont Caume vers la plaine du Broussan, ainsi que de flanquer le massif du Cerveau vers le Val d'Aran. »

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Bien que l'ouvrage n'ait jamais été vraiment exploité sur le plan défensif, il est remarquablement bien conservé. « À la fin du XIXe siècle, les travaux, c'est surtout du creusement et un peu de maçonnerie, minimise Bernard Cros. Il n'y a pas de réseaux d'eau ni d'électricité. Comme tous les forts, on construit avec les remblais. On est en circuit court. On retrouve d'ailleurs la pierre basaltique locale, noire, sur les pierres à brossage, en relief d'une façade, réminiscence de la Renaissance italienne. »

Un fort conçu pour résister aux obus torpilles

L'édifice, prévu pour résister au nouveau et destructeur « obus torpille » dans lequel la mélinite (explosif puissant) a remplacé la poudre noire, est enterré sous au moins 10 mètres de roc. Les locaux pyrotechniques (magasins à poudre, ateliers, chargement de munitions, préparation, amorçage), remarquablement aérés, sont desservis par une grande galerie centrale dont l'accès était protégé par une porte principale et un « pont roulant » au-dessus d'une fosse de 3,50 m de profondeur.

Cette galerie s'enfonce sous terre et rayonne également jusqu'à l'arrière du casernement (prévu pour 360 hommes) et des caponnières (casemates protégeant les fossés extérieurs) défendues par des canons-revolvers à balle, l'ancêtre des mitrailleuses. « Il y a également un monte-charge et un accès à la partie aérienne, 10 mètres plus haut, qui accueillait les pièces d'artillerie, détaille Bernard Cros. On trouve également deux citernes, la première, au-dessus d'une capacité de 120 m3 et une autre, enterrée, de 180 m3. Le ratio de l'époque c'était 5 litres par homme et par jour. »

Un potentiel immense mais des priorités communales

Sur une espèce de toit artificiel, prévu pour la récupération de l'eau de pluie, la position d'artillerie était configurée et aménagée pour une défense optimale, avec des cheminements protégés. Elle était composée de six canons de 120 mm, six canons de 95 mm et deux mortiers. Séparé du corps principal, un ouvrage annexe abrite la citerne de 120 m3 et l'infirmerie avec ses locaux d'hospitalisation. « Tout était pensé pour fonctionner comme un petit village et prévu pour une vie en autarcie en cas d'encerclement », conclut Bernard Cros.

Acquis par la commune d'Evenos à la Marine en 2007 (sous la mandature de Raymonde Hugonnier), le fort du Pipaudon a un temps servi de locaux pour les services techniques municipaux et, quasi vide, attend aujourd'hui de trouver une nouvelle destination. « Ce n'est hélas pas à l'ordre du jour, regrette la maire d'Evenos, Blandine Monier, qui ne désespère pas de voir naître un projet. La commune ne dispose actuellement pas des ressources financières pour le rénover et poursuit d'autres priorités comme le projet de centralité ou le regroupement des écoles. »

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Le fort fut occupé de septembre 1943 à août 1944 par une garnison de 61 marins et aviateurs allemands. Même si Pipaudon « ne figure au rang des plus grands forts », le génie militaire n'a pas usurpé son nom en signant cette remarquable construction, dont le potentiel est immense.