Fort de Brescou : 30 ans de travaux pour sauver l'île d'Agde
Fort de Brescou : 30 ans de travaux pour sauver l'île

Le fort de Brescou, seule île maritime d'Occitanie, fait face à un chantier de restauration colossal. Selon Maxime Auriol, conducteur de travaux associé de l'entreprise Vermorel de Rodez, spécialisée dans la restauration du patrimoine, il y en a pour trente ans de travaux. Ce monument du XVIIe siècle, situé à 1 500 mètres du port du Cap d'Agde, est interdit au public depuis vingt ans en raison de son état de dégradation avancée.

Un monument menacé par la mer et le vent

Le fort de Brescou, bâti sur un confetti de 5 000 m², lutte contre le vent, les vagues et le temps. Les échafaudages ont les pieds dans la mer, solidement fixés sur les rocs de basalte noirs qui émergent devant la muraille. "On a ici des pierres très érodées, par endroits on a des manques sur plusieurs dizaines de centimètres", montre Maxime Auriol. Tout le long de ce mur d'une dizaine de mètres de haut, reliant le bastion Saint-André à la tour Sainte-Anne et son phare, s'enchaînent les cavités, les pierres rongées et creusées, les enduits qui s'effondrent.

Sophie Omère, conservatrice du patrimoine à la Drac Occitanie, explique : "C'est un monument très exposé, les maçonneries souffrent énormément de la houle et du sel." La Drac apporte un soutien technique et financier à ces opérations de longue haleine. "Nous sommes dans des travaux de consolidation provisoire, le but est de mettre en urgence le bâtiment en sécurité, ce qui donnera déjà quelques décennies de plus à l'ouvrage", précise Maxime Auriol.

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Un chantier atypique et difficile

Les ouvriers travaillent depuis 2019 sur cet îlot, mais dans des conditions très particulières. "On ne peut travailler que de fin avril à fin octobre, dans des conditions marines, c'est comme si on était sur un bateau à un kilomètre des côtes. Certaines journées sont très difficiles, avec le vent, le froid, la pluie, c'est pénible pour les salariés", explique le conducteur de travaux. Ils sont entre cinq et huit sur le site, à faire chaque jour les allers-retours depuis le port à bord d'un petit bateau acheté par l'entreprise.

"Il n'y a ni eau ni électricité, au printemps, on se fait attaquer par les goélands qui nichent sur place, et dès que la nuit tombe, il y a tous les insectes qui sortent", ajoute Maxime Auriol. La cohabitation avec les estivants et habitués de l'île, dont l'accès est autorisé dès lors qu'on ne pénètre pas dans le fort, est parfois difficile. L'endroit est prisé pour sa petite plage, son point de vue sur le littoral agathois et son site de baignade au large.

Une logistique complexe et des coûts importants

Tout le matériel est livré par hélicoptère, par palettes de 900 kg à raison de 200 à 300 rotations par an depuis la terre. Eau douce, chaux, outils et pierres sont acheminés, car une grosse partie du chantier consiste à remplacer les pierres trop abîmées. Les tailleurs de pierre reproduisent à l'identique chaque élément à changer, à partir de roches provenant du Cantal, issues de la même veine volcanique que l'îlot de Brescou. Des pierres de 80 à 200 kg sont taillées à l'atelier de l'entreprise Vermorel et livrées par hélicoptère.

"Depuis qu'on est là, on a dû reconstruire entre 150 et 200 m³ de pierres. À ce rythme-là, il y en a pour 30 ans de travaux, mais c'est une question de moyens", résume Maxime Auriol. L'estimation du coût global du chantier, faite en 2018, tournait autour de 15 M€. "Plus de 3,50 M€ ont déjà été investis depuis 2018, au rythme de 400 000 € par an environ", estime Sébastien Oreste, chargé du patrimoine historique au service architecture d'Agde.

Un avenir incertain pour le fort

Le sort final du fort de Brescou n'est pas encore décidé. Emblème patrimonial municipal, dédié à la mer et à l'histoire, à visiter et optimiser ? Bâtiment privatisé, en hôtel ou restaurant atypique ? Quoi qu'il en soit, l'urgence est pour l'instant ailleurs : réparer et reconstruire, pour garantir son avenir.

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