En 1984, à l'occasion de la sortie des Nuits de la pleine lune, quatrième volet de sa série Comédies et Proverbes, le réalisateur Eric Rohmer (1920-2010) revenait sur sa méthode de création et son rapport intime aux acteurs. Dans un entretien accordé à Bruno Villien, il dévoilait sa conception du cinéma, son goût pour les proverbes inventés et sa manière de travailler avec ses interprètes.
Un faux proverbe pour ouvrir le film
Le film s'ouvre sur un proverbe : « Qui a deux femmes perd son âme. Qui a deux maisons perd sa raison ». Interrogé sur cette citation, Eric Rohmer confiait : « C'est un faux proverbe… Les proverbes sont un peu usés, même au cinéma. Je pense qu'on a toujours le droit d'en inventer… »
Le réalisateur expliquait que son héroïne, Louise, interprétée par Pascale Ogier, veut avoir deux résidences, sans mener de double vie. « C'est ce qui fait la difficulté… Elle ne peut garder l'unité ni de son âme ni de sa raison », précisait-il. Cette tension entre désir d'indépendance et quête d'unité constituait le cœur dramatique du film.
Une méthode de création fondée sur le respect des personnages
Eric Rohmer décrivait sa démarche : « Je respecte l'opinion de mes personnages, même si je ne la partage pas ». Cette phrase, devenue emblématique de son approche, révèle sa volonté de ne pas juger ses personnages, mais de les laisser exister pleinement à l'écran.
Le cinéaste expliquait que cette posture lui permettait d'explorer des comportements et des choix qu'il n'aurait pas lui-même adoptés. Il s'agissait pour lui de comprendre, non de condamner. Cette méthode, appliquée tout au long de sa série Comédies et Proverbes, a marqué le cinéma français des années 1980.
Un rapport intime aux acteurs
Dans cet entretien, Eric Rohmer revenait également sur sa façon de diriger les comédiens. Il privilégiait une relation de confiance et de proximité, laissant une grande liberté d'interprétation tout en cadrant précisément le jeu. Pascale Ogier, qui incarne Louise, bénéficiait de cette approche singulière.
Le réalisateur insistait sur l'importance de la préparation et de la répétition, mais aussi sur la spontanéité au moment du tournage. Il recherchait une authenticité dans les dialogues et les attitudes, refusant les effets trop appuyés. Cette exigence a contribué à la renommée de ses films, salués pour leur justesse psychologique.
Les Nuits de la pleine lune sortaient en 1984, après La Femme de l'aviateur (1981), Le Beau Mariage (1982) et Pauline à la plage (1983). Ce quatrième volet de Comédies et Proverbes confirmait la place singulière d'Eric Rohmer dans le paysage cinématographique, entre tradition et modernité.
L'entretien, publié dans les archives, éclaire la pensée d'un cinéaste qui a marqué des générations de spectateurs et de réalisateurs. Sa conception du cinéma, fondée sur le respect des personnages et l'invention de proverbes, reste une référence pour les amateurs du septième art.



