Faustine, 10 ans, couronnée Maïo de Fourques sous la pluie et les pétales
Faustine devient la nouvelle Maïo de Fourques

Ce dimanche 3 mai, pour sa 42e édition, la Fête de la Maïo a une nouvelle fois rassemblé habitants et passionnés de culture provençale à Fourques. Entre galoubets, costumes d’Arles et couronnement d’une enfant du village, immersion dans une tradition vivante, transmise de génération en génération. Sous un ciel capricieux, les pétales de roses ont continué de tomber : à Fourques, la 42e Fête de la Maïo ne craint pas la pluie.

Un cortège animé malgré la pluie

Dès la fin de la matinée, ce dimanche 3 mai, ils sont près de 200 à se masser dans les rues du village. Le cortège s’élance au son des galoubets et des tambourins, direction la colonne Frédéric Mistral. Les Arlésiennes, silhouettes élégantes et droites, ponctuent la marche de petites danses rythmées. Devant le monument, le silence se fait. Une lecture en provençal, venue d’un autre siècle, résonne dans l’air humide. Puis, premier geste symbolique : la future petite Maïo, toute de blanc vêtue, dépose un bouquet. « La Maïo, c’est la déesse de la Terre-Mère et de la fertilité », glisse Magali, costumée, évoquant une tradition « préchrétienne » qui célèbre la nature et le renouveau. Le cortège reprend alors sa route vers la place d’Argence, devant la mairie, cœur battant de la fête.

Une haie d’honneur pour une enfant du village

Sur la place, chaque groupe s’aligne en haie d’honneur. Les costumes rivalisent d’élégance, les rubans vibrent au rythme des instruments. Ambassadrices, groupes folkloriques et figures politiques prennent place, sous le regard d’Amélie Laugier, 25e Reine d’Arles. Puis vient l’instant tant attendu. Faustine, 10 ans, apparaît. Souriante, un peu impressionnée sous ses lunettes rondes, elle avance sous les applaudissements, une pluie de pétales et un arceau fleuri. Sur scène, Élise, la Maïo sortante, l’attend. La transmission se fait simplement mais tendrement : une couronne de fleurs posée sur la tête, un petit bisou sur la joue.

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« Cette couronne n’est pas seulement un ornement, elle est un symbole », rappelle la Reine d’Arles dans un discours empreint d’émotion. Pureté, jeunesse, responsabilité aussi : Faustine devient pour un an le visage du village. « Je suis fière d’être la nouvelle Maïo », confie-t-elle timidement. À ses côtés, Élise glisse un petit discours de remerciement et d’encouragement.

Une tradition vivante portée par les générations

« Ici, les traditions ne sont pas des souvenirs, elles sont encore vivantes », insiste le maire Alain Fouque. Depuis 1984, l’Escolo d’Argènço perpétue cette fête. Pour Annie, autre Arlésienne présente, l’enjeu est clair : « Ce sont les enfants qui font vivre la tradition. Autrefois, les petits récoltaient quelques pièces pour s’offrir un goûter. Aujourd’hui, ce sont des pièces en chocolat qui circulent. Le geste reste, le sens aussi. » Annie précise : « La Maïo n’est pas la plus belle, mais la plus gentille ». Une enfant choisie pour représenter les valeurs d’un village.

Danses, chants et provençal

Après les discours et la cérémonie, la place s’anime. Les galoubets reprennent, les tambourins marquent la cadence. Les jeunes filles des différents groupes entrent dans la danse, entraînant au passage les femmes costumées plus âgées dans une grande farandole. Malgré la pluie, les sourires restent accrochés aux visages. « Nous célébrons une promesse, une transmission », résume Patricia Disset, présidente de l’Escolo d’Argènço. Car ici, la Maïo est bien plus qu’une fête : elle est un lien. Entre passé et présent, entre anciens et enfants, entre une tradition et ceux qui la font vivre.

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Le costume d’Arles, un langage codé

À Fourques, impossible de dissocier la fête de la Maïo des costumes d’Arles. Bien plus qu’un habit traditionnel, il s’agit d’un véritable langage visuel, codifié avec précision et transmis avec exigence. Chaque détail a un sens : la coiffe, pièce centrale et hautement technique, indique l’âge et le statut de celle qui la porte ; le ruban de velours, soigneusement choisi, marque souvent un passage vers l’âge adulte ; les bijoux, eux, racontent une histoire familiale et sociale, parfois héritée sur plusieurs générations. « Bien se costumer », expliquent les passionnées, implique de respecter des règles strictes issues des archives et des savoir-faire anciens, notamment de L’art du costume d’Arles de Nicole Niel, « la bible de l’habillage ». Rien n’est laissé au hasard : tissus, couleurs, coupe de la robe, manière de nouer un fichu ou de disposer une dentelle participent à une harmonie d’ensemble. La robe, souvent en satin, s’accompagne d’une chapelle de dentelle, d’un châle structurant la silhouette, et parfois d’un tablier évoquant des usages plus anciens.

De l’enfance à l’âge adulte, le costume accompagne toutes les étapes de la vie. Inspiré du personnage de Mireille pour les plus jeunes, il s’enrichit progressivement, notamment après le mariage, moment qui autorise certains ornements. Il varie aussi selon les occasions : du costume en cravate, plus simple, au costume en ruban, emblématique, jusqu’au costume gansé réservé aux grandes cérémonies. Élégant, évolutif et profondément identitaire, le costume d’Arles incarne à lui seul l’âme provençale.