Le tambour Djidji Ayokwé retrouve la Côte d'Ivoire, symbole d'une nouvelle ère de restitutions
Djidji Ayokwé de retour en Côte d'Ivoire, symbole des restitutions

Le retour historique du tambour Djidji Ayokwé en Côte d'Ivoire

Plus d'un siècle après avoir quitté les rives de la lagune Ébrié, le tambour parleur Djidji Ayokwé s'apprête à effectuer son retour en terre ivoirienne. Cet instrument emblématique, puissant symbole du peuple bidjan et élément fondamental de la communication traditionnelle, fait l'objet d'une cérémonie officielle de signature ce 20 février à Paris. La ministre française de la Culture, Rachida Dati, et son homologue ivoirienne, François Remarck, scellent ainsi le destin de ce patrimoine chargé d'histoire. À Abidjan, les chefs traditionnels se préparent déjà avec une émotion palpable à accueillir ce trésor culturel longtemps absent.

Une loi-cadre historique pour encadrer les restitutions

Ce geste hautement symbolique s'inscrit dans un mouvement plus large et structuré. Le 29 janvier dernier, le Sénat français a adopté à l'unanimité une loi-cadre destinée à faciliter la restitution des biens culturels acquis par la France durant la période coloniale. Ce texte, qui doit encore être soumis à l'Assemblée nationale, a été salué comme « une occasion historique d'affirmer le souhait de la France de renforcer les liens culturels qui l'unissent au monde » par la ministre Rachida Dati. Très attendue, cette loi avait été promise par le président Emmanuel Macron lors de son discours à Ouagadougou en 2017, mais avait été plusieurs fois repoussée en raison des résistances liées au principe d'inaliénabilité des collections publiques.

Jusqu'à présent, chaque retour d'objet nécessitait une loi spécifique, créant ce que certains qualifiaient de « fait du prince ». La nouvelle procédure entend substituer à cette approche cas par cas un cadre juridique clair et permanent :

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  • Consultation d'une commission nationale permanente
  • Création d'un comité scientifique bilatéral
  • Établissement de critères précis pour déterminer le caractère illicite des acquisitions

L'objectif affiché est de répondre aux demandes légitimes sans vider systématiquement les musées français, tout en assumant une part d'histoire coloniale souvent douloureuse.

Le laboratoire béninois : un précédent révélateur

Ce que la loi tente aujourd'hui d'institutionnaliser, Angelo Dan l'a vécu de l'intérieur. Dans son ouvrage La restitution de biens culturels entre la France et le Bénin. Journal d'un processus historique, le diplomate béninois retrace avec précision les négociations ayant conduit au retour, en novembre 2021, de 26 pièces du trésor royal d'Abomey. Écrit comme un véritable carnet de bord par celui qui fut conseiller politique de l'ambassade du Bénin en France entre 2017 et 2021, son récit met en lumière :

  1. Les résistances muséales françaises
  2. Les hésitations politiques des deux côtés
  3. Les débats juridiques complexes autour du principe d'inaliénabilité

Angelo Dan montre surtout que la restitution ne relève pas d'une simple logistique patrimoniale, mais constitue un acte diplomatique et moral de grande portée. À travers ce témoignage de l'intérieur, il révèle comment ces restitutions sont désormais perçues non plus comme des gestes isolés, mais comme le signal d'un changement de paradigme sur la reconnaissance et la valorisation du patrimoine africain.

D'un symbole à une dynamique continentale

Le cas béninois a marqué un précédent déterminant. La demande formulée dès 2016 était restée sans réponse sous la présidence de François Hollande. Elle fut relancée sous Emmanuel Macron, notamment après la publication du rapport Sarr-Savoy. Mais le retour des œuvres ne fut ni immédiat ni consensuel, nécessitant des arbitrages politiques complexes, des débats parlementaires animés et des négociations techniques approfondies.

Depuis cette première restitution, d'autres dossiers ont émergé avec force :

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  • La Côte d'Ivoire obtient la restitution du tambour parleur Djidji Ayôkwé, confisqué en 1916
  • Le Sénégal a récupéré le sabre d'El Hadj Omar
  • Madagascar attend le retour de crânes ancestraux
  • L'Algérie réclame des effets personnels de l'émir Abdelkader
  • Le Mali sollicite des pièces du trésor de Ségou

Les demandes affluent désormais, parfois très ciblées, parfois plus générales, dessinant une dynamique nouvelle pour la restitution du patrimoine africain. La loi-cadre adoptée au Sénat vise précisément à traiter ces dossiers de manière systémique et équilibrée.

Une diplomatie de la mémoire en construction

À mesure que les textes se succèdent et que les cérémonies s'organisent, une nouvelle étape s'ouvre dans les relations culturelles entre la France et l'Afrique. La restitution cesse d'être exceptionnelle pour devenir structurelle, intégrée dans le cadre des relations diplomatiques contemporaines.

Reste que le sujet demeure particulièrement sensible. Le Conseil d'État a évoqué la nécessité d'un « intérêt général supérieur » pour restituer certains biens issus de legs ou donations. Et la question épineuse des collections privées, largement absente du débat parlementaire initial, continue d'alimenter les interrogations et les débats parmi les spécialistes du patrimoine.

Angelo Dan, dans son ouvrage essentiel, invite à une réflexion profonde : et si les biens culturels étaient les archives ultimes de la colonisation ? Son témoignage montre comment la restitution devient un instrument de redéfinition des relations franco-africaines, où le Bénin apparaît comme un État négociateur mature, structurant sa stratégie, mobilisant archives et arguments juridiques avec une rigueur remarquable.

Alors que la France restitue officiellement le tambour Djidji Ayôkwé à la Côte d'Ivoire, une question fondamentale se pose : cette rationalisation juridique suffira-t-elle à apaiser les mémoires, ou ne fait-elle que consacrer l'entrée dans une nouvelle ère où l'histoire coloniale s'invite durablement au cœur de la politique contemporaine et des relations internationales ? Le retour du tambour parleur n'est pas seulement un événement culturel ; c'est un acte politique qui résonnera bien au-delà des frontières ivoiriennes.