La corrida retirée du patrimoine culturel français après cinq ans de bataille juridique
Le 22 avril 2011, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire la tauromachie à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel (PCI). Cette annonce a immédiatement provoqué un tollé général, notamment parmi les défenseurs des animaux. Cinq ans plus tard, en 2016, le Conseil d'État a définitivement abrogé cette inscription, mettant fin à une saga juridique intense.
Une inscription controversée dès le départ
La commission du ministère de la Culture, après examen d'un dossier porté par l'association des villes taurines et l'Observatoire national des cultures taurines (ONCT) créé en 2008 à Arles, a donné un avis favorable à cette inscription. Le ministère a justifié cette décision en plaçant la corrida au même titre que d'autres pratiques telles que la fauconnerie, le compagnonnage, ou la tarte tatin.
Cependant, les conditions de cette inscription ont été vivement critiquées. Les associations de protection animale ont dénoncé le fait que la commission était dirigée par Philippe Bélaval, directeur général des Patrimoines et membre fondateur de l'ONCT, un lobby pro-corrida. Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, a révélé plus tard dans ses mémoires que cette inscription s'était faite à son insu.
La mobilisation des opposants à la corrida
L'annonce a déclenché une vague de protestations. Brigitte Bardot a qualifié cette décision de "la plus grosse connerie de votre vie" dans une lettre ouverte adressée à Frédéric Mitterrand. Le 1er mai 2011, six organisations de protection des animaux, représentant plus de 700 000 adhérents, ont demandé l'annulation de l'inscription, arguant de son incompatibilité avec le Code pénal qui condamne les actes de cruauté envers les animaux.
Les opposants ont souligné le caractère régressif de cette mesure, estimant qu'elle ternissait l'image de la France. Ils ont engagé une bataille juridique acharnée, avec des requêtes devant les tribunaux administratifs et des appels jusqu'aux instances européennes.
Cinq ans de procédures judiciaires
L'Alliance Anticorrida a vu sa première demande rejetée en novembre 2011. D'autres associations comme le CRAC Europe et Droits des Animaux ont également attaqué l'inscription, subissant un premier revers en avril 2013. Cependant, en mai 2015, un tournant s'est produit lorsque le rapporteur public s'est prononcé en faveur de l'annulation.
Le 4 juin 2015, le tribunal a statué en appel que la décision d'inscription devait être considérée comme abrogée. Les organisations pro-corrida, telles que l'ONCT et l'Union des villes taurines de France, ont tenté de se pourvoir en cassation, mais sans succès.
Le verdict final du Conseil d'État
Le 28 juillet 2016, le Conseil d'État a rejeté le pourvoi des organisations pro-corrida, confirmant ainsi l'exclusion définitive de la corrida du patrimoine culturel immatériel de la France. Cette décision a été saluée par les anti-corrida comme une victoire symbolique, bien qu'ils aient reconnu qu'elle ne mettrait pas fin à la pratique elle-même.
Malgré cette exclusion, les arènes n'ont pas fermé, et la tauromachie continue d'être pratiquée dans certaines régions. Cette affaire reste un exemple marquant des tensions entre tradition culturelle et éthique animale en France.



