La Colonie Espagnole de Béziers, l'une des plus anciennes associations de la ville, a obtenu l'inscription de son immeuble au titre des monuments historiques. Cette décision, prise par la préfecture de l'Hérault le 31 juillet, concerne le bâtiment situé rue de la Vieille Citadelle, à proximité de l'hôtel de ville. Fondée en 1889 par des immigrés espagnols, l'association comptait à l'origine une mutuelle pour protéger ses membres. Aujourd'hui, elle se consacre à la valorisation et à la transmission de la culture espagnole à travers le lien social.
Une décision préfectorale fondée sur l'intérêt historique et artistique
La préfecture de l'Hérault a justifié cette inscription par le fait que le bâtiment « présente un intérêt d’Histoire et d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation ». Le communiqué souligne notamment l'aménagement de la salle de spectacle, capable d'accueillir plus de 200 personnes, ainsi que les fresques ornant les murs et les lieux de mutualité entretenus par l'association.
Cette reconnaissance constitue une étape importante pour l'amicale, forte d'environ 300 adhérents, selon son président Antonio Fulleda. « Dès que je suis arrivé à la tête de la Colonie en 2021, nous avons entamé les démarches pour obtenir l’inscription de nos locaux au titre des monuments historiques. Ça aura donc mis cinq ans, et c’est à la fois une fierté, mais aussi un soulagement pour nous. Comme toutes les associations françaises, nous avons du mal à nous projeter à long terme. Cette reconnaissance nous apporte une certaine sécurité », explique-t-il.
Un bâtiment acquis en 1936, symbole d'une longue histoire
L'immeuble, dont la valeur est estimée à deux millions d'euros, appartient à la Colonie Espagnole depuis 1936, année de son acquisition par l'association. Cette date coïncide avec le début de la guerre d'Espagne. L'immigration hispanique dans le Biterrois a commencé au XIXe siècle et s'est poursuivie pour plusieurs raisons : le besoin de main-d'œuvre dans les vignes, les conflits armés ou encore le franquisme. Aujourd'hui, à Béziers, près d'un habitant sur quatre a des origines hispaniques, rappelle Antonio Fulleda.
L'association, forte de 137 ans d'existence, doit sa longévité à sa capacité d'adaptation. « Nous avons fait évoluer les critères. Avant, il fallait être Espagnol pour en faire partie, aujourd’hui il faut simplement témoigner d’un amour pour l’hispanité », indique le président.
Le défi du renouvellement générationnel et la transmission aux jeunes
Malgré plusieurs décennies de valorisation de la diaspora espagnole, l'association doit faire face au défi du renouvellement générationnel, comme beaucoup d'amicales. « Il y a une crise du bénévolat en France, donc nous sentons effectivement un vieillissement de nos membres. Mais nous essayons d’y remédier en insistant sur la jeunesse », nuance Antonio Fulleda. Cinq des quinze membres du conseil d'administration sont âgés de moins de 25 ans.
La transmission reste le vecteur principal pour réussir cette transition. « Nous collaborons avec les établissements scolaires pour accueillir des jeunes, leur transmettre la culture et l’histoire de leurs ancêtres. Des cours d’espagnol sont également donnés aux enfants qui ont conservé la nationalité de leur pays d’origine », ajoute-t-il.
En ce qui concerne l'intégration à la société française, Daniel Solana, conseiller des migrations à l'ambassade d'Espagne, se félicite : « Nous sommes fiers de voir des jeunes devenir pleinement Biterrois, tout en restant pleinement Espagnols. L’immigration est compatible avec le vivre ensemble. Parfois c’est même une alliance de trois cultures puisque beaucoup d’Espagnols ont des origines marocaines. Sans oublier les hispanophones d’Amérique latine. »
En France, chaque année, environ 300 immeubles sont protégés au titre des monuments historiques, selon le ministère de la Culture. Cette protection vise à assurer la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. Pour la Colonie Espagnole de Béziers, cette inscription représente une sécurité et une reconnaissance de son rôle dans l'histoire locale.



