L'histoire du nom de la capitale des Cévennes a marqué un tournant il y a exactement un siècle. Le 29 juillet 1926, un décret du Conseil d'État officialisait le retour de l'orthographe « Alès » en lieu et place d'« Alais ». Cette décision mettait fin à près de trois siècles d'une graphie jugée fautive, issue d'une erreur de transcription au XVIIe siècle. Aujourd'hui, la ville célèbre le centenaire de ce changement, qui continue de susciter la curiosité des habitants et des passionnés d'histoire.
Une erreur de transcription vieille de trois siècles
L'origine de l'orthographe « Alais » remonte à 1629, lors de la signature de la Paix d'Alais par Louis XIII. Un scribe aurait retranscrit le nom de la ville en suivant la phonétique : le « t » d'« Alest » étant muet et le « z » d'« Alez » se prononçant « ès ». À cette époque, l'orthographe n'était pas encore normalisée. L'Académie française, fondée en 1635, ne diffusera que progressivement des règles communes. L'orthographe « Alais » s'est ainsi imposée dans les documents officiels, malgré son origine contestée.
L'historien Bernard de Fréminville, auteur d'un dictionnaire encyclopédique sur Alais, rappelle que « le nom francisé le plus ancien de la ville est bien Alès, celui d'Alais ne s'étant imposé qu'au XVIe siècle, par suite, dit-on, d'une erreur de transcription ». Cette explication alimente encore les débats chez les spécialistes de toponymie.
Le combat pour le retour à l'orthographe originelle
Au début du XXe siècle, la Société scientifique et littéraire d'Alais estime qu'il est temps de revenir à l'écriture d'origine. Dès 1914, la municipalité engage une campagne pour retrouver l'orthographe « Alès ». Ce combat est mené notamment par le professeur Artigues et Alcide Blavet, alors président de la société savante. Il faudra douze ans pour que le Conseil d'État autorise officiellement ce retour.
Le conseil municipal vote la demande le 3 mars 1926, et le 29 juillet, un décret officialise définitivement le changement. La prononciation n'a jamais changé : le « s » final a toujours été prononcé. Les défenseurs du retour avancent également une origine latine plus ancienne, « Alestum », avec un « e ».
Les oppositions et les vestiges de l'ancienne orthographe
Ce changement ne fait pas l'unanimité. Dans son édition du 23 août 1926, le quotidien parisien Le Temps ironise sur cette « crise d'archaïsme moyenâgeux ». « On ne voit pas en quoi Alais blessait la pudeur », écrit le journal, moquant la volonté des Alésiens de retrouver une orthographe plus ancienne.
Malgré le décret, l'ancienne orthographe persiste sur plusieurs monuments de la ville. Les arènes d'Alais, construites à la fin du XIXe siècle, portent encore cette graphie, tout comme le monument aux Morts. Au détour d'une rue, les promeneurs peuvent encore être surpris par ce vestige du passé.
Un siècle plus tard, la polémique prête à sourire. Bernard de Fréminville souligne que « des changements de nom de villes, il n'y en a pas des masses… ». Alès reste aujourd'hui un exemple rare de retour à une orthographe antérieure, témoignant de l'attachement des habitants à leurs racines latines.
La célébration du centenaire est l'occasion de rappeler cette histoire singulière, qui mêle erreur de scribe, combat académique et fierté locale. L'accent grave qui distingue Alès d'Alais est désormais un symbole de l'identité cévenole.



