Béziers : un retour émouvant dans les abris anti-aériens de la Seconde Guerre mondiale
Sur la place Émile-Zola à Béziers, souvent appelée "la placette" par les anciens, le temps a laissé ses marques sous l'ombre des platanes. Jacqueline Cauquil, 87 ans, y revient pour la première fois depuis 1944, guidée par sa canne et ses souvenirs. Elle cherche du regard l'entrée de l'abri anti-aérien qui, il y a 82 ans, lui a sauvé la vie lors des bombardements alliés. Née en 1939, Jacqueline avait alors 5 ans et fait partie des derniers témoins de ces événements qui ont frappé la ville.
La découverte des abris et le témoignage d'une survivante
En 2020, des abris anti-aériens datant de la Seconde Guerre mondiale ont été mis à jour sur la place Émile-Zola. Construits en catastrophe entre avril et mai 1944, ces tunnels souterrains de 40 mètres de long chacun pouvaient accueillir jusqu'à 250 personnes. Ils étaient conçus avec des angles droits pour couper le souffle des explosions en cas d'impact à l'entrée. Serge Boyer, guide conférencier à la Ville de Béziers, explique que ces abris servaient à protéger les civils durant les bombardements visant principalement la gare, dans le but de paralyser les voies ferrées et empêcher l'envoi de troupes allemandes vers la Normandie.
Jacqueline Cauquil se souvient parfaitement de ces moments. "À chaque bombardement qu'on entendait, on se disait, 'la prochaine rame, c'est pour nous'", raconte-t-elle avec un sourire teinté d'émotion. Descendant prudemment l'escalier menant au souterrain, accompagnée de sa petite-fille Clémence, elle revit les scènes d'autrefois. "Je n'avais pas réellement peur, à 5 ans je ne crois pas qu'on ait conscience de la mort", songe-t-elle. Cependant, elle s'inquiétait pour sa grand-mère, qui avait un problème au cœur et sursautait à chaque détonation, se collant contre le mur de l'abri.
Transmettre l'histoire pour ne pas oublier
Cette visite est aussi une affaire de transmission familiale et historique. Clémence, sa petite-fille, pose de nombreuses questions pour reconstituer les récits entendus dans son enfance, comme celui du père de Jacqueline, prisonnier en Allemagne qui s'est échappé en se faisant passer pour un soldat grâce à sa maîtrise de l'allemand. "Je trouve ça très intéressant d'un point de vue historique, beaucoup de gens ignorent que Béziers a été bombardée. Bientôt il n'y aura plus de témoignage, c'est précieux", souligne Clémence.
Après la guerre, la société a tenté d'oublier cette période sombre. Serge Boyer confirme : "Béziers a été libéré le 22 août 1944, et, début septembre, on a fermé les accès aux tunnels, on voulait oublier." Pourtant, Jacqueline n'a jamais cessé d'y penser. Aujourd'hui, l'enthousiasme des ouvriers sur la place, intrigués par la redécouverte du tunnel et le récit de Jacqueline, montre que ce pan de l'histoire continue de captiver les Biterrois.
Les visites des abris anti-aériens sont possibles sur demande auprès de l'office de tourisme de Béziers, offrant une opportunité unique de plonger dans le passé et d'honorer la mémoire des survivants comme Jacqueline Cauquil.



