Béziers Antique : des universitaires dénoncent une réécriture partisane de l'histoire
Béziers Antique : universitaires contre réécriture historique

Béziers Antique : des universitaires dénoncent une réécriture partisane de l'histoire

Le projet Béziers Antique, porté par l'Agglo Béziers Méditerranée, suscite une vive polémique dans le milieu universitaire. Trois éminents professeurs – Michel Christol, Monique Clavel-Levêque et Francesca Diosono – viennent de publier un communiqué cinglant qualifiant l'initiative d'"imposture intellectuelle" et d'"énième épisode de relecture de l'histoire".

Un projet de reconstitution contesté sur le fond

Ce projet ambitieux prévoit la construction, sur trente ans, d'une reconstitution de la cité de Béziers telle qu'elle était en 30 après J.-C., sur un terrain de 19 hectares dans le quartier de Brégines. L'entreprise Kléber Rossillon, spécialisée dans la gestion de sites culturels touristiques, en est le maître d'œuvre.

Pour les universitaires, les problèmes commencent dès l'intitulé du projet. Michel Christol, professeur émérite d'histoire romaine à l'Université de Paris, souligne avec force : "L'Antiquité à Béziers ne commence pas en 36 avec l'arrivée de la colonie romaine ! Comme si celle-ci sortait du néant ! Pourquoi l'effacement du substrat gaulois ?" Cette omission fondamentale du passé gaulois de la région constitue, selon eux, une falsification historique grave.

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Des erreurs factuelles et un manque d'indépendance scientifique

Les critiques ne s'arrêtent pas là. Les professeurs relèvent une erreur onomastique majeure : le projet parle de "Baeterra" alors que le nom antique correct est "Baiterrae". Plus fondamentalement, ils dénoncent l'absence d'indépendance scientifique. Monique Clavel-Levêque, présidente honoraire de l'association des professeurs d'histoire ancienne, explique : "Un conseil scientifique doit être indépendant. Ce n'est pas le cas ici puisque Kléber Rossillon est mandaté par l'Agglo. Il y a collusion d'intérêt."

Les universitaires s'interrogent également sur l'opportunité d'un tel investissement. Francesca Diosono, professeur d'archéologie romaine, questionne : "Quel intérêt collectif à espérer de ce nouveau rêve dans une ville toujours sans musée, où la voie Domitienne n'est toujours pas signalée ?" Ils pointent du doigt le paradoxe d'investir dans une reconstitution "fausse" alors que le patrimoine gallo-romain authentique de Béziers reste largement méconnu et sous-valorisé.

Une instrumentalisation politique récurrente de l'histoire

Cette controverse n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une série de polémiques concernant la représentation historique à Béziers. En 2016, la mise en couverture de Jean Moulin par Robert Ménard dans "Le Journal de Béziers" avait provoqué la colère de 65 enseignants et 25 universitaires, dénonçant une "appropriation d'un héritage historique à des fins de récupération partisane".

Plus récemment, en août 2025, l'érudit biterrois Henri Barthès avait critiqué le spectacle son et lumière sur le siège de Béziers de 1209, jugé "excessif sur la noirceur générale du tableau dépeint". Pour les trois professeurs signataires du communiqué, le projet Béziers Antique représente la continuation de cette "instrumentalisation répétée et clivante de l'Histoire" par l'équipe municipale.

Des alternatives modernes et scientifiques négligées

Les universitaires proposent des alternatives qu'ils jugent plus pertinentes et moins coûteuses. Ils évoquent les possibilités offertes par les moyens numériques et l'intelligence artificielle, utilisés avec succès sur des sites majeurs comme Rome ou Palmyre. Ces technologies permettraient, selon eux, une "valorisation novatrice" et une "large diffusion scientifique" du patrimoine réel, tout en étant "considérablement moins onéreuses et porteuses d'emplois".

Leur conclusion est sans appel : "Pourquoi faire du faux quand on a tant de vrai, exceptionnel et toujours non valorisé ? Nous ne pouvons pas nous taire devant cet énième épisode de relecture de l'histoire." Le débat dépasse largement la simple querelle académique pour toucher à la question fondamentale de l'intégrité historique face aux enjeux touristiques et politiques locaux.

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