Aux Embiez, des passionnés de Ricard chassent les pièces les plus rares
Aux Embiez, le rendez-vous des collectionneurs Ricard

Ce premier week-end d'août, l'île des Embiez a encore vécu au rythme du pastis. Depuis 23 ans, la Journée des collectionneurs Ricard rassemble des passionnés venus de toute la France, et même de Belgique, pour chiner les pièces les plus rares. Dès les premières heures de la matinée, les visiteurs débarquent nombreux, prêts à échanger, vendre, mais surtout trouver la pièce qui manque encore à leur collection. « Paul Ricard, ce n'est pas Pagnol. C'est Marseille », lance un habitué pour planter le décor. Une nuance essentielle pour comprendre l'âme de cette marque, loin des clichés provençaux.

Sur l'île, les allées se transforment en véritable musée à ciel ouvert. On vient retrouver les copains, partager des souvenirs, comparer les trouvailles. Les affiches anciennes témoignent des coups de communication imaginés par Paul Ricard au fil des décennies. Autour des stands, les discussions s'éternisent entre connaisseurs, chacun espérant dénicher la variante oubliée ou la petite série que personne d'autre ne possède.

Une collection née dans les bars parisiens

Daniel, lui, est tombé dans la collection presque par hasard. Après une vie passée à travailler dans les bars, il se souvient des années 1990 à Paris, lorsque bouteilles, verres et pichets Ricard défilaient quotidiennement sous ses yeux. Quelques objets sont conservés, puis la collection a pris son envol. Chez Gilles, elle a fini par pousser les murs. Plus de 2 000 pièces ont nécessité l'agrandissement de sa maison, à Nîmes, et la création d'une pièce entièrement dédiée à Ricard. « Des journalistes du Parisien sont venus jusque chez moi pour me consacrer un article », sourit-il, encore étonné de cet engouement.

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Des trésors qui ne voyagent qu'en photo

Avec le temps, accumuler ne suffit plus. Il faut dénicher la variante oubliée, la petite série ou l'objet qui n'était même pas destiné au grand public. Aux Embiez, les connaisseurs dévoilent ainsi quelques trésors : une veste des années 1970 portée par les employés du circuit Paul-Ricard, les premiers modèles de verres, des pichets imaginés par Paul Ricard lui-même ou encore une boule de pétanque gravée que les visiteurs ne peuvent s'empêcher de prendre en main. Les pièces les plus rares, elles, ne voyagent parfois plus qu'en photo. C'est le cas d'un cendrier pêcheur façonné à la main par le céramiste Géoluc, dont seuls deux exemplaires sont aujourd'hui référencés par les collectionneurs. Une pièce mythique, devenue un graal pour les initiés.

Paul Ricard, le génie de la communication

Une affiche rappelle l'un des coups les plus célèbres de Paul Ricard : la « Caravane de la soif ». En 1956, en pleine crise de Suez et face aux restrictions de carburant, il fait acheminer du Ricard à dos de chameau dans Paris, transformant la pénurie en opération publicitaire. Sur le Tour de France, la caravane Ricard distribue des objets avant de devenir, le soir, un spectacle où se produisent notamment Tino Rossi et Annie Cordy. Paul Ricard avait compris l'importance d'être vu jusque dans la presse : « Quand le football faisait la une, il achetait aussi une publicité en première page », racontent les collectionneurs. Un sens du marketing qui explique en partie la fascination qu'exercent encore ses objets.

Une rencontre devenue un rendez-vous de famille

La famille Ricard n'est jamais bien loin. Plusieurs générations, jusqu'aux petits-enfants de Paul Ricard, passent chaque année à la rencontre des collectionneurs. Un lien qui, au fil du temps, a largement dépassé la simple passion pour les objets. « Pour les 20 ans, César Giron, le petit-fils, nous avait tous invités chez lui pour une soirée. On avait été reçus comme des rois. Ça fait chaud au cœur. C'est aussi ça, Ricard : derrière la marque, il y a quelque chose de profondément humain et familial », raconte Philippe Floch, organisateur du rendez-vous. Un attachement qui trouve naturellement sa place aux Embiez, l'île acquise par Paul Ricard en 1958, où famille et collectionneurs continuent, chaque premier week-end d'août, à faire vivre cet héritage.

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