Il y a 50 ans, la porte de l'arsenal de Toulon déplacée de 70 mètres
50 ans après, la porte de l'arsenal de Toulon déplacée

Le 16 juin 1976, à Toulon, une entreprise spécialisée a été missionnée par le ministère de la Défense pour modifier l'entrée de l'arsenal en déplaçant sa porte principale de 70 mètres. Retour sur cet épisode insolite de l'histoire du port militaire.

Une porte monumentale de 800 tonnes

Quand il pénètre dans le Musée de la Marine à Toulon, le visiteur se doute qu'il ne s'agit pas d'une entrée ordinaire. Avant de matérialiser l'accueil de ce haut lieu du patrimoine militaire, la porte de l'établissement n'était autre que l'accès principal à l'arsenal, où étaient construits et entretenus les navires de guerre. Ce trésor architectural, inspiré d'un arc de triomphe romain, a été édifié en 1738 sous le règne de Louis XV, avant d'être déplacé de quelque 70 mètres en 1976.

« C'est un ouvrage monumental de 800 tonnes, pour 12 mètres de large et 13,5 mètres de haut », explique Léa Pourrières, adjointe à l'administratrice du Musée national de la Marine de Toulon. « Au milieu des années 1970, les autorités ont décidé de réaménager l'entrée de l'arsenal pour libérer de l'espace et améliorer la circulation automobile sur les grands axes de la ville. Cela passait par le transfert de cette porte prestigieuse, classée monument historique en 1910. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un transport d'un seul bloc

Impossible à démonter, la porte a dû être transportée d'un seul bloc. L'entreprise choisie, Sainrapt et Brice, était une habituée de ce type de mission, ayant notamment participé au sauvetage du temple d'Amada en Égypte. Le 16 juin 1976, en fin de journée et après des semaines de préparation, la porte a été soulevée puis installée sur des chariots. Ornée de deux statues sculptées de Minerve et de Mars, encadrée par quatre colonnes datant de l'Antiquité, l'œuvre d'art a été mise en mouvement.

« Elle avançait de 20 cm par minute », poursuit Léa Pourrières. « La manipulation a duré toute la nuit. » Le 17 juin 1976 au matin, l'entreprise avait achevé le déplacement de la porte.

Témoignages et prouesse technique

Ancien de la « pyro », Guy Robert, 74 ans aujourd'hui, se souvient parfaitement du chantier devant lequel il passait tous les matins pour aller travailler. « C'était très impressionnant de voir ces vérins synchronisés pour lever le tout. Après, le plus délicat, c'est quand il a fallu faire faire à la porte un quart de tour. Ils l'ont pivotée de 90 degrés ! » Le « créneau » a été réussi à la lumière des projecteurs. Sur la place Monsenergue, juste en face, des dizaines de curieux ont assisté au spectacle.

Guy Paban, alors marin de 32 ans affecté à la réparation des navires, raconte avoir vu « ce gigantesque édifice avancer sur des rails. La porte était protégée, à sa base, par une sorte de sarcophage (un coffrage de béton). Les ouvriers de l'entreprise se sont mis à la pousser. C'était une prouesse technique. Dans mes souvenirs, il y avait aussi un blockhaus, juste à côté, qu'ils ont détruit à peu près au même moment. »

Le mystère de la plaque

À l'époque, le Musée de la Marine était encore situé sur le carré du port de Toulon. Il ne sera fixé près de la Tour de l'Horloge qu'en 1981. « Il remplacera une imprimerie et un laboratoire photo de la DCAN », ajoute Guy Robert. Le retraité en profite aussi pour relayer une légende urbaine : « Avant son transfert, il y avait une plaque sur cette porte, qui était un véritable symbole : "Ici, se reposent 6 000 ouvriers". On était surnommé les sorbiers, du nom de cet arbre dont on dit qu'il ne travaille pas. L'anecdote est plutôt amusante… »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale