Stanislas de Barbeyrac : une carrière lyrique sous le feu des projecteurs et des doutes
Il parcourt les plus grandes scènes d'opéra du monde, de New York à Munich, en passant par Londres et Aix-en-Provence. Stanislas de Barbeyrac, ténor originaire de Gironde, est pressenti pour remporter une Victoire de la musique classique ce vendredi 20 mars. Pourtant, la veille de la cérémonie à Brest, il sera sur les planches du théâtre des Quatre Saisons à Gradignan, près de Bordeaux, pour la création de son spectacle « Trip ». Une performance qui dévoile l'envers du décor d'une carrière brillante de près de vingt ans.
Entre paillettes et solitude : le paradoxe de la vie d'artiste international
« Il va falloir que je coure le vendredi 20 mars », confie avec un sourire Stanislas de Barbeyrac. Nommé dans la catégorie artiste lyrique de l'année aux Victoires de la musique classique, le chanteur doit enchaîner la première de « Trip » à Gradignan et la cérémonie à Brest. Ce spectacle, élaboré pendant un mois au théâtre des Quatre Saisons, vise à montrer les aspects moins glamours des carrières internationales. « Des sentiments de solitude ou d'absence qu'on ne nous apprend pas à gérer durant notre formation », explique-t-il.
Le ténor évoque les moments où, après avoir été applaudi par 1 200 personnes dans l'euphorie et les paillettes, il se retrouve seul dans sa chambre d'hôtel. « Ne voir ses enfants que trois mois par an, ne pas pouvoir les coucher ni leur donner le bain… Ce sont des choses très intimes, dont beaucoup d'artistes ne parlent pas par pudeur. Ou parce que les journalistes ne leur posent jamais ce genre de question. »
Une évolution artistique à l'aube de la quarantaine
À 41 ans, Stanislas de Barbeyrac estime être arrivé au bon moment pour ce retour sur lui-même. Sa carrière a débuté à 25 ans aux Chorégies d'Orange, dans « La Traviata » de Verdi, un baptême du feu face à 10 000 personnes. Depuis, il a chanté sur les plus prestigieuses scènes, comme l'Opéra Bastille, le Met de New York, la Scala de Milan ou le Wiener Staatsoper, avec un fil rouge souvent mozartien.
Cependant, sa voix évolue. « À l'orée de la quarantaine, mes zones de confort ne sont plus les mêmes. Je vais de plus en plus vers Wagner et le répertoire romantique allemand, un peu plus costaud. » Il se tourne aussi vers le lied germanique et la mélodie française de Duparc, Debussy ou Poulenc, des formes qui s'appuient sur des textes poétiques et permettent un travail plus intime.
« Trip » : un récital augmenté pour surprendre et se surprendre
Le spectacle « Trip » – « Voyage » en français – est décrit comme un « récital augmenté ». Stanislas de Barbeyrac y interprétera des mélodies de Schubert, Poulenc ou Britten avec le pianiste Alphonse Cemin, son partenaire depuis douze ans. Ces œuvres seront « complétées » par les instruments de Camille Rocailleux, un percussionniste et compositeur voisin à Barsac, où réside le ténor.
« Camille est un artiste multifacette, il peut prendre une musique qui existe déjà et jouer quelque chose qui lui est propre à l'intérieur », se réjouit Stanislas de Barbeyrac. « Jouer Duparc au vibraphone, en fait, c'est génial. On se demande pourquoi ça n'a pas été écrit comme ça ! » Rocailleux ajoutera même des compositions personnelles pour raconter un parcours de vie, s'inspirant d'une phrase du cycle « Illuminations » de Britten : « J'ai seul la clé de cette parade. »
Le ténor avoue une démarche quasi psychanalytique. « Le spectacle s'intitule 'Trip', mais ça pourrait aussi être 'Tripes'. On parle de choses intimes. On a envie de surprendre le public, et de nous surprendre nous-mêmes. » Une création qui promet de mêler tradition lyrique et innovations artistiques, tout en révélant les vulnérabilités derrière la gloire.



