« Vingt Dieux » : une fable tendre et rugueuse sur la jeunesse rurale
« Vingt Dieux » : fable tendre et rugueuse sur la jeunesse rurale

Pour son premier long-métrage, Louise Courvoisier signe une fable burlesque et solidaire, portée par un antihéros aussi paumé qu'attachant. Le film « Vingt Dieux » est diffusé ce soir à 20h50 sur Ciné+ Emotion et disponible à la demande sur myCANAL.

Un bal de campagne dans le Jura profond

Totone, interprété par Clément Faveau, a à peine 18 ans et déjà la fâcheuse habitude de lever le coude plus que de raison. Lors d'un bal de campagne, l'été, dans le Jura profond, il est assez désinhibé pour draguer les filles, mais trop imbibé pour assurer en Casanova. L'alcoolisme est, hélas, affaire d'atavisme ici : quelques verres plus tard, son père s'écrase en voiture contre le tronc d'un sapin, laissant sa descendance livrée à elle-même. Orphelin de mère de longue date, Totone a désormais la charge de sa petite sœur de 7 ans.

Le film de Louise Courvoisier démarre sous des auspices à la Ken Loach, à ceci près que la ruralité jurassienne en souffrance remplace le prolétariat citadin. « Vingt Dieux » se branche sur l'humeur de ce biotope rugueux où la solidarité de classe est inexistante et les confrontations, brutales et directes. Le moindre différend se règle au bourre-pif et, dans le meilleur des cas, en soufflante criblée d'insultes.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Mi-Scapin cambroussard, mi-clampin chaplinien

Le mérite de la réalisatrice ? Trousser une fable pleine d'énergie et d'insouciance, se frayant un chemin lumineux dans la sinistrose ambiante. Mi-Scapin cambroussard, mi-clampin chaplinien, ce presque va-nu-pieds de Totone est un moteur comique solide qui carbure aux coups de génie et aux ratés dévastateurs. Son doux rêve, décrocher la juteuse récompense d'un concours de comté (alors qu'il n'y connaît rien), génère son lot d'adrénaline et de rires. L'assimilation douloureuse des fondamentaux pour changer le lait en fromage donne notamment lieu à un festival de gadins, le film oscillant dans ses meilleurs moments entre burlesque et torture-porn (lorsque Totone plonge ses bras nus dans le liquide brûlant).

Une camaraderie qui fait le charme du film

Si Louise Courvoisier assume le côté do-it-yourself du personnage, elle veille à ce que son aventure enclenche un élan de fraternité où s'agrègent ses potes de galère et s'émancipe une petite voisine recluse (Maïwène Barthelemy), sorte de Raiponce des champs, condamnée à une vie de labeur monacale. Plus qu'une ode un peu déglinguée à la gloire du terroir, c'est la camaraderie émanant de ce petit foyer humain qui fait le charme de « Vingt Dieux ».

Mardi 5 mai à 20h50 sur Ciné+ Emotion. Drame français de Louise Courvoisier (2024). Avec Clément Faveau, Maïwène Barthelemy, Luna Garret. 1h30. Disponible à la demande sur myCANAL.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale