Le répertoire classique mondial reste verrouillé par les figures tutélaires masculines
Le répertoire classique mondial demeure fermement verrouillé par les figures tutélaires des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, telles que Mozart, Beethoven et Tchaïkovski. Cette domination masculine a une conséquence directe et alarmante : selon le Donne Report, seules 7,5 % des œuvres programmées dans le monde pour la saison 2023‑2024 sont signées par des compositrices. Cette hégémonie masculine est si profonde qu'elle ne laisse aucune place aux femmes parmi les 50 compositeurs les plus joués au niveau mondial.
Il faut en effet descendre jusqu'au 52ᵉ rang pour trouver Lili Boulanger, prodige français de la composition musicale et seule compositrice à s'approcher du canon classique. L'inertie de ce système est encore plus visible au sommet du répertoire, où les dix compositeurs les plus programmés – tous des hommes européens – concentrent à eux seuls 30,6 % de l'ensemble des œuvres jouées. Ce groupe pèse ainsi quatre fois plus lourd que l'intégralité du répertoire féminin, soulignant un déséquilibre structurel majeur.
Les obstacles systémiques à l'accès des compositrices au grand répertoire
Les compositrices existent bel et bien, et les catalogues de leurs œuvres sont disponibles. Cependant, l'accès au « grand répertoire » se heurte à de multiples barrières systémiques. Ces obstacles incluent les arbitrages des directions artistiques, les réseaux de diffusion, les choix éditoriaux et les infrastructures qui conditionnent la possibilité même d'être jouée. La parité dans la musique classique ne se joue donc pas seulement sur scène, mais aussi dans les bureaux, souvent majoritairement masculins, où se décident les programmations des saisons.
En France, une présence marginalisée et une sous-exposition persistante
En France, la situation reflète la même logique de sous-exposition que celle observée à l'échelle mondiale. Si les compositrices représentent 6,4 % des œuvres programmées, la réalité comptable est encore plus sévère. La part du temps de concert réellement accordé aux femmes tombe à seulement 4 %, indiquant que leur présence est souvent cantonnée à des pièces courtes ou mineures.
Plus frappant encore, 74 structures françaises sur 214 n'ont programmé aucune femme compositrice sur toute la saison 2022-2023. Cette absence systématique dans de nombreuses institutions culturelles souligne l'ampleur du problème et la nécessité de changements profonds dans les pratiques de programmation.
Les instruments, une partition encore très sexuée au sein des orchestres
Derrière la question des compositrices, une autre fracture significative se dessine dans l'orchestre lui‑même : celle des instruments. Loin de toute parité, les femmes ne représentent en moyenne que 34 % des effectifs totaux des orchestres. Ce chiffre global masque cependant une polarisation marquée par pupitre.
D'un côté, on trouve les cordes, avec les harpes et les violons en tête, où les femmes sont nettement majoritaires. De l'autre côté, les rangées de cuivres et certaines percussions restent largement dominées par les hommes. Ce déséquilibre prolonge des décennies de stéréotypes où l'on associait aux filles les instruments jugés « fins » ou « gracieux », et aux garçons ceux réputés plus physiques, plus bruyants ou plus « héroïques ».
Le résultat est que les musiciennes sont très visibles dans la masse orchestrale, mais plus rares là où se concentrent le volume sonore et la puissance symbolique. Cette même logique s'applique au pupitre le plus exposé : sur la saison 2023‑2024, seulement 10 % des chefs d'orchestre programmés dans le monde étaient des femmes, confirmant ainsi la persistance des inégalités de genre à tous les niveaux de la musique classique.



