« Roma » de Massenet ressuscité à Monaco et Paris
« Roma » de Massenet ressuscité à Monaco et Paris

L'opéra « Roma » de Jules Massenet, dont la création mondiale eut lieu à Monaco en 1912, sera repris le samedi 26 septembre à l'Auditorium Rainier III de Monaco, puis le lundi 28 septembre au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Cette résurrection est portée par la Fondation du Palazzetto Bru Zane de Venise, qui depuis 2009 ressuscite des œuvres de musique romantique française de 1780 à 1920. Le compositeur, proche du prince Albert Ier, avait vu plusieurs de ses opéras créés en Principauté.

Un buste et une amitié princière

En se promenant des Terrasses vers le Casino, on aperçoit au sommet d'une colonne, au pied de l'Escalier des Princes qui monte vers l'Opéra, un buste de marbre : tête légèrement penchée, chevelure abondante, foulard romantique et moustache superbe, c'est Jules Massenet. Inauguré en 1914 en présence du prince Albert Ier, ce buste fut l'occasion pour le souverain de rendre hommage à son ami : « Il fut le magicien dont la pensée mélodieuse déborda sur les chaumières comme sur les palais. » L'œuvre était signée Léopold Bernhard Bernstamm, sculpteur en chef du musée Grévin à Paris, né à Riga.

Membre de l'Institut de France à Monaco, Massenet était connu pour ses opéras « Manon » et « Werther ». Sa silhouette appuyée sur une canne était familière dans les jardins de la Principauté, et il était souvent invité au Palais. À Paris, il retrouvait le prince Albert à l'Institut de France, où le souverain était membre de l'Académie des sciences. Albert Ier y rencontrait également Camille Saint-Saëns, autre compositeur. Les deux musiciens ne s'appréciaient guère. Interrogé un jour sur ses éloges envers Massenet, Saint-Saëns aurait répondu : « Oh ! Mon cher, on dit souvent le contraire de ce qu'on pense ! »

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La « Nef triomphale » et les créations monégasques

Le prince Albert Ier, lui, appréciait les deux compositeurs. Pour l'inauguration de son Musée océanographique, le 29 mars 1910, il commanda une œuvre à chacun : Massenet composa une cantate, la « Nef triomphale », et Saint-Saëns une ouverture symphonique. La Salle Garnier accueillit plusieurs créations de leurs opéras. Pour Massenet : « Le Jongleur de Notre-Dame » en 1902, « Chérubin » en 1905, « Thérèse » en 1907, « Don Quichotte » en 1910. Après sa mort furent créés « Cléopâtre » et « Amadis ». Le dernier opéra dont il assista à la création à Monaco fut « Roma ».

Une ovation sans fin en 1912

Le 17 février 1912, Massenet arrive en Principauté, affaibli par un cancer qui l'emportera le 13 août à Paris. Les répétitions avaient eu lieu dans le salon parisien de Raoul Gunsbourg, rue de Rivoli, où Massenet, souffrant, les écouta par téléphone. En janvier, il trouva la force de venir à Monaco, descendant à l'Hôtel Prince de Galles. Le soir de la première, le public venait de Nice, de la Riviera italienne et de Paris. Dans la salle, le prince Albert Ier et le prince héréditaire Louis, des préfets, des généraux, un amiral, des officiers de l'escadre de la Méditerranée et des officiers italiens. Le spectacle était donné au bénéfice du Comité de bienfaisance de la colonie française.

Le chef d'orchestre Léon Jéhin baissa sa baguette. L'action se déroule dans la Rome antique, après la défaite des Romains face à Hannibal. Fausta la vestale, amoureuse de Lentulus, a laissé s'éteindre les feux du temple, faute inexpiable : elle sera enterrée vivante. Le ténor Lucien Muratore, au sommet de sa gloire, fut applaudi dès son entrée, puis les duos avec Maria Kousnezoff autour du temple de Vesta et dans le Bois sacré. Lucy Arbell, incarnant la grand-mère de Fausta, poignarda sa petite-fille pour lui épargner le supplice. Le rideau tomba sous une salle en bravos. On réclama le compositeur, et dans la loge princière, un homme de soixante-neuf ans, affaibli par la maladie, se leva lentement. La presse parla le lendemain d'« une ovation sans fin ». Ce fut la dernière apparition de Massenet à Monaco.

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Reprise à Monaco et Paris

La version de concert de « Roma » sera donnée le samedi 26 septembre à 16 heures à l'Auditorium Rainier III, avec une présentation de l'ouvrage à 15 heures. Les interprètes seront la soprano américaine Rachel Willis-Sorensen, le ténor monégasque Jean-François Borrras et la mezzo Julie Robard-Gendre. Le chœur sera celui de Radio-France, sous la direction de Diego Ceretta. Les tarifs vont de 20 à 38 euros, réservations au 92 00 13 70. Grâce au Palazzetto Bru Zane, Monaco a déjà redécouvert deux opéras de Saint-Saëns : « Déjanire » le 15 octobre 2022, avec un premier enregistrement mondial, et « L'Ancêtre » le 6 octobre 2024, dont l'enregistrement est paru en 2025.