Rolling Stones : l'album "Foreign Tongues" divise la critique
Rolling Stones : "Foreign Tongues" divise la critique

Après soixante ans de carrière, la sortie d'un nouvel album des légendaires Rolling Stones est toujours un événement. Avec Foreign Tongues (« langues étrangères »), leur 25e album studio présenté ce vendredi, trois ans après Hackney Diamonds, le groupe britannique prouve qu'il n'a pas dit son dernier mot. Enregistré en moins d'un mois à Londres, cet opus résolument rock compte 14 titres inédits, dont une reprise de You Know I'm No Good d'Amy Winehouse et une autre de Chuck Berry, ainsi qu'une flopée de collaborations quatre étoiles : Paul McCartney, Robert Smith de The Cure ou encore Chad Smith des Red Hot Chili Peppers. Foreign Tongues inclut aussi Hit Me in the Head, le tout dernier morceau enregistré avec Charlie Watts, le batteur légendaire du groupe disparu en 2021. Mais alors, que pense la critique de ce nouveau cru ? Va-t-il secouer notre été ?

« L'art du refrain entêtant » et « élixir de jouvence »

De notre côté de la Manche, les avis sont globalement enthousiastes. S'il tacle la couverture de l'album (une « pochette hideuse ») qui entremêle les visages de Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood, le journaliste musical Eric Bureau, du Parisien, trouve ce nouvel opus meilleur que le précédent. « Ce qui frappe d'entrée, c'est que les Stones ont retrouvé l'art du refrain entêtant, à l'image de celui du single In The Stars, qui tourne déjà pas mal en radio », écrit-il. Comme beaucoup, il encense le timbre du leader : « Ce qui fait plaisir à entendre, enfin, c'est la voix de Jagger. Il retrouve sa langue de vipère dans Jealous Lover, miaule comme un jeune chat de gouttière dans Mr. Charm. Elle a encore pris de la bouteille dans la belle ballade country Ringing Hollow, fait des merveilles dans la percutante reprise du You Know I'm No Good d'Amy Winehouse et se délecte de l'esprit jam de Beautiful Delilah. »

Pour Olivier Ubertalli du Point, « les octogénaires du rock » signent ici « un disque miraculeux ». Le journaliste loue la qualité des ballades de cet album et la « souplesse presque insolente » de la voix de Mick Jagger. S'il concède que « quelques titres semblent moins inspirés », il voit dans Foreign Tongues l'exemple « qu'un groupe entré dans sa septième décennie d'existence peut encore jouer avec une liberté, une élégance et une gourmandise que beaucoup de formations plus jeunes pourraient lui envier. C'est peut-être cela, au fond, leur véritable élixir de jouvence. »

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Certains critiques n'y trouvent aucune « Satisfaction »

Tous ne portent pas aux nues ce nouveau projet musical. « Quand j'entends Foreign Tongues dans ma voiture, quand j'écoute ces chansons supposées enflammer mon imagination, je n'y trouve aucune « Satisfaction », aucune joie… », se lamente Fabrice Pliskin du Nouvel Obs, qui égrène avec nostalgie, au fil de sa critique, les grands succès du groupe. Lui aussi célèbre la voix de Jagger, mais l'ensemble le laisse de marbre : « Ici, c'est un solo de guitare convenu, indigne, passe-partout ; là, c'est un couplet insipide ou amélodique qui vient empoisonner à la source un potable refrain ; là, c'est un marigot d'inanité sonore. Les Rolling Stones sont si absents d'eux-mêmes qu'on a envie de leur dire « Miss You ». »

Pour Olivier Lamm, chez Libération, « les Stones au purgatoire font une musique hard à attraper et encore plus à aimer ». Quant à Francis Dordor des Inrocks, pour qui les Rolling Stones sont « en mode rabâchage sous stéroïdes pour leur 25e album », les 13 premiers titres sont « surchargés en voltage, frisant souvent l'ennui et la saturation ».

La voix de Mick Jagger, une « merveille moderne »

Au pays des Rolling Stones, Dave Simpson, critique au Guardian, qualifie Foreign Tongues d'album « résolument moderne, parfois engagé, où le groupe se confronte au monde qui l'entoure et à son destin. Des décennies après que Street Fighting Man et Gimme Shelter aient immortalisé les bouleversements de la fin des années 60, plusieurs chansons dénoncent les abus de pouvoir, notamment aux États-Unis. »

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Et que pense le magazine Rolling Stone de ce nouveau Rolling Stones ? Le journaliste Kory Grown souligne « des morceaux rock endiablés », « des ballades disco déchirantes » ou encore « des morceaux country entraînants ». « L'album sonne parfois un peu trop lisse, mais dans l'ensemble, Foreign Tongues reste fidèle au son caractéristique des Stones, ou du moins à la vision qu'en avait Watts », écrit-il encore, saluant également la voix de Jagger comme « une merveille moderne, aussi belle qu'il y a quarante ans ».

« C'est mon disque de l'été », écrit pour sa part le journaliste italien Giuseppe Videtti dans Il Venerdi, supplément hebdomadaire de La Repubblica. Il est particulièrement emballé par la reprise de You Know I'm Not Good. « Les Stones qui chantent Amy ! […] Jagger n'en a pas modifié le rythme mais l'interprétation (sans rien enlever à la solennité de l'originale) est dingue : Mick la chante comme si c'était une ballade des Stones du temps de Wild Horse, comme si Foreign Tongues arrivait à la suite de Sticky Fingers. La voix est la même qu'à l'époque, celle de toujours, et cet harmonica (dont il joue lui-même) transporte le classique d'Amy vers des horizons blues entre Chicago et Kansas City. »