Un artiste mondial aux racines bayonnaises indéfectibles
Michel Portal, le célèbre clarinettiste et musicien basque décédé le 12 février à Paris, a parcouru la planète avec ses concerts, mais n'a jamais tourné le dos à ses origines du quartier Saint-Esprit à Bayonne. Sa vie et son attachement à sa terre natale sont racontés par ceux qui l'ont connu et accompagné tout au long de son extraordinaire carrière.
Une amitié scellée par les origines communes
La première rencontre entre Robert Latxague, alors jeune rédacteur pour une revue de jazz, et Michel Portal fut un rendez-vous manqué. Portal ne s'était pas présenté à l'interview. Ce n'est qu'au début des années 80 que les deux hommes se rencontrèrent officiellement. « Mais tu aurais dû me dire que tu étais Bayonnais, je serais venu ! », déclara Portal selon le journaliste, une phrase qui scella immédiatement leur amitié naissante.
L'artiste, considéré comme un pionnier du free-jazz et maîtrisant aussi bien le répertoire classique que les techniques d'improvisation les plus audacieuses, a toujours maintenu un lien fort avec Bayonne. Yves Ugalde, adjoint à la culture de la ville, exprime son admiration pour cette loyauté : « Il aurait pu parler de son histoire par ses premiers diplômes à Paris. Pourtant il n'oubliait jamais de rappeler ses origines bayonnaises. »
Des souvenirs d'enfance qui ont façonné le musicien
Tout commence à l'école nationale de musique de Bayonne, où le jeune Michel étudie la clarinette. « Il se rappelait même où vivait sa professeure, rue d'Espagne », raconte Yves Ugalde. Ces détails intimes auraient pu s'effacer devant l'impressionnante liste de ses distinctions : premier prix de clarinette au conservatoire de Paris en 1959, trois César de la meilleure musique de film, deux Victoires du jazz en 2007 et 2021, parmi de nombreuses autres récompenses.
En 2019, la ville de Bayonne a rendu hommage à son illustre enfant en renommant le théâtre municipal à son nom. « Ce choix s'est imposé de façon logique », explique l'élu. Robert Latxague, présent lors de la cérémonie, se souvient d'un moment touchant de retrouvailles : « Trois personnes âgées se trouvaient à l'étage du bâtiment. Soudain, l'un d'entre eux l'a interpellé et ses yeux se sont éclairés. 'Oh mais c'est toi pouliche !' a-t-il lancé. Cela faisait soixante ans qu'ils ne s'étaient pas vus. »
Un amour déclaré pour sa terre natale
Dans les colonnes de Sud Ouest, Michel Portal avait clairement exprimé son attachement : « Les fêtes populaires sont toujours restées en moi. Par la suite, j'ai aimé voyager, mais je n'ai jamais oublié cette époque. » Passionné de corrida et fervent supporter de l'Aviron Bayonnais, l'esprit du Sud-Ouest l'a accompagné jusqu'à ses derniers jours.
Un mois avant son décès, Robert Latxague lui a rendu visite et lui a fait écouter plus d'une heure de musique du répertoire bayonnais. « Il ne parlait plus. Mais quand il a entendu ces mélodies il m'a attrapé la main », confie-t-il avec émotion. Ces sonorités étaient d'ailleurs souvent reprises par le musicien lors de ses concerts à travers le monde.
Un hommage municipal et des souvenirs partagés
Sur les réseaux sociaux, le maire de Bayonne Jean-René Etchegarray a salué sa mémoire : « Cet immense clarinettiste, ami des plus grands musiciens de son temps, excellait sur tous les registres, de la musique classique au jazz. » Il suivra de peu son complice Francis Marmande, écrivain et musicien bayonnais décédé le 25 décembre, qui avait préparé sa nécrologie pour Le Monde.
Dans ce texte, Marmande racontait les débuts de Portal : « formation classique, bandas, musiques de rue dans un pays qui sait rire et chanter », évoquant aussi sa rencontre à neuf ans avec un Argentin à la gare, qui lui apprend le bandonéon. Des souvenirs qui resteront à jamais gravés dans l'histoire musicale de Bayonne et dans le cœur de ceux qui ont connu cet artiste exceptionnellement attaché à ses racines.



