Bandana serré sur le front, Leny Maz tend ses mains vers le public des Ruffes Sonores et s'élance dans un slam. Les mots font mouche. Très vite, la musique se fait latine, la guitare caressante, la voix solaire. Mais sous ces mélodies festives et ces refrains accrocheurs, l'émotion n'est jamais loin. Délicatement, le chanteur aborde des thèmes plus profonds que la simple fiesta : ces personnes qui disparaissent en mer, aspirées par le mirage d'une vie meilleure, ou cette mère trop tôt disparue. « Est-ce toi depuis le ciel qui tire les ficelles pour hisser mes voiles ? C'est fou la vie est belle même sans toi », souffle-t-il au micro.
Un nouveau titre pour l'été
Ce 10 juillet, l'Héraultais sort un nouveau titre : Chica Mediterránea. Retour d'un soleil insouciant, « c'est un son pour l'été, ultra-festif. Cela parle du tempérament des filles du sud. Mais il y a autant de caractères de personnes… », sourit le chanteur. Avec ce tempo latino, certains le comparent à Kendji Girac. Lui ne renie pas la filiation. Minot, il écoutait souvent le chanteur gitan avec sa « darone ». « Quand j'avais 10 ans, on l'écoutait en voiture avec ma mère. C'est l'un des artistes qui m'a fait rêver. J'ai regardé les premières saisons de The Voice, minot, je m'identifiais un peu à lui. Il a toujours été un repère », reconnaît-il.
Des paroles écrites avec le cœur
Mais Leny écrit toutes ses paroles, « cela me tient à cœur. Je suis un petit gars du sud qui a eu toutes ces influences, des musiques festives… mais j'ai aussi des choses à dire, une histoire personnelle, des valeurs à partager », insiste-t-il. Il creuse le sillon d'une « pop Méditerranée » nourrie de revendications. Ses parents étaient travailleurs sociaux. « Ils étaient très engagés, socialement et politiquement. J'ai grandi en parcourant les manifs sur les épaules de mon père… Dans les manifs, les slogans c'était : "on est tous des enfants d'immigrés". Les temps ont changé. Il y a beaucoup de clivages dans nos sociétés. Dans mes chansons, je veux plutôt montrer tout ce qui nous unit. »
De l'EPS à la musique : un virage décisif
Sa maman composait, chantait, grattait… « J'ai tout de suite été dans le bain. À 11 ans, j'ai monté mon groupe, on faisait des concerts à la Maison Pour tous à la Paillade, on avait onze ans. Ce n'était pas fameux, mais c'était sincère », s'amuse le Castelnauvien. Minot, il caressait le rêve de vivre de la musique. « J'ai aussi fait beaucoup de sport. » Centre de formation au MHB, Staps… Il devenait prof d'EPS en 2022, « l'année où j'ai eu le concours, je suis monté à Paris. J'ai enseigné cinq mois puis ma mère est tombée malade. J'ai tout mis entre parenthèses pour l'accompagner dans sa fin de vie, il fallait que je sois là ».
Un signe du destin
Cette disparition soudaine a tout « remis en perspective. La musique a toujours été un lien fort entre nous. Elle est partie, on a fait la cérémonie le jour de la fête de la musique, j'ai vu ça comme un signe. En sortant de la cérémonie, j'ai décidé de changer de vie, de me lancer dans la musique ». C'était en 2023. « Depuis, je ne fais que de la musique. C'est fou de se lever le matin et de vivre son rêve », confie-t-il. Trois ans après avoir tout quitté pour suivre sa voie, Leny Maz garde le cap : faire danser, toujours danser. Sans jamais renoncer à raconter.
Un parcours récompensé
Le 6 juin, Leny Maz a fini sur la troisième marche du podium et a décroché le coup de cœur Midi Libre. Son premier EP est sorti en mars et son prochain titre, Chica Mediterránea, sera diffusé le 10 juillet. L'artiste montpelliérain continue de séduire par sa sincérité et sa capacité à mêler fête et profondeur.



