Genesis à Paris : l'ultime adieu d'un dinosaure du rock anglais
Genesis : l'ultime adieu à Paris d'un dinosaure du rock

Genesis à Paris : l'ultime adieu d'un dinosaure du rock anglais

DANS LES ARCHIVES - Le groupe anglais Genesis, conduit par Phil Collins, était à Paris le mercredi 16 mars 2022 pour ses deux derniers concerts français, avant une dissolution définitive prévue à la fin du mois. Nous y étions. Nous republions à cette occasion l'article initialement paru le 17 mars 2022.

Il n'est pas commun d'assister à l'extinction d'un dinosaure. C'est pourtant un peu ce que donne à vivre ce mois-ci la tournée d'adieu de Genesis. Fondé à la fin des années 60 du côté de Cambridge par Peter Gabriel, le groupe pop-rock anglais a connu plusieurs vies au fil des décennies. La dernière s'achève ces jours-ci : reformé pour un baroud d'honneur quinze ans après sa dernière apparition, Genesis sillonne le monde pour tirer sa révérence sur scène : au soir du 26 mars, après trois représentations à Londres, le groupe cessera d'exister. Et avec lui, une page déjà jaunie du rock anglais sera définitivement tournée.

L'ultime hommage

Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks ont 72 ans chacun. Presque des minots au regard des Rolling Stones. À ceci près que Phil Collins est souffrant et c'est à l'aide d'une canne qu'il se hisse sur la scène de l'Arena de Paris-Nanterre. Batteur et percussionniste longtemps loué pour sa créativité, Collins s'assoit, prostré à l'avant-scène sur une chaise aux hauts accoudoirs. Ses baguettes et ses fûts, il les a transmis à son jeune fils Nicholas, 21 ans, qui reproduit à la lettre et avec beaucoup d'énergie la frappe lourde et si reconnaissable de son père.

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Port de tête altier de lord millionnaire, Michael Rutherford est à la guitare. Lui et Tony Banks (claviers), aussi avenant qu'un conseiller bancaire en fin de carrière, assurent les fondations du concert, soutenus par le fidèle second couteau Daryl Stuermer à la guitare et à la basse, et deux choristes venus renforcer les parties vocales.

Dans la salle, quelque 24 000 personnes sont venues rendre un dernier hommage, et partager un ultime moment de musique live avec un groupe qui a marqué son adolescence. Le public a l'âge de ses artères : plutôt entre 50 et 60 ans, parfois attaché au Genesis épique et aventurier des années 70, plus souvent familier de celui des années 80 qui squattait la bande FM. Aux stands de merchandising et de colifichets, chacun fait sagement la queue pour faire emplette de T-Shirts colorés, de programmes souvenir et de lithographies collector.

« Poutine, ce putain d'idiot »

C'est avec deux morceaux de « Duke », l'album de 1980, que le show démarre. C'est ainsi depuis des lustres : une longue séquence quasi instrumentale, aux brisures de rythmes et aux envolées grandiloquentes qui font la signature du groupe de rock progressif. Mais sitôt après, les premiers tubes déboulent : « Turn It On Again », comme une incantation, un appel à rallumer la chaudière. Et ça marche : malgré un grain qui chevrote un peu et un timbre devenu nasal, Phil Collins chante bien et haut. Blotti dans un survêtement noir, il semble lutter contre son corps amaigri et usé par les excès. Mais de ses faiblesses, il fait une force : il s'appuie sur sa technique vocale pour faire de son handicap une patine, un supplément d'âme pour sa voix.

Sur « Mama », il joue de son faciès décharné, affiché en image géante sur les écrans vidéo, pour rendre la chanson, inspirée par le « Psychose » d'Alfred Hitchcock, plus étrange et effrayante encore.

Seul à prendre à la parole, Phil Collins s'essaye à quelques mots de français. Et explique avoir écrit jadis la chanson « Land of Confusion » en pensant à Ronald Reagan et Margaret Thatcher. « On l'a ressortie parce qu'elle nous semblait faire écho avec le Covid. Mais maintenant, elle résonne avec Monsieur Poutine » explique-t-il, déclenchant les huées du public. « Ouais, putain d'idiot ! » renchérit-il alors.

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« Le dernier domino »

C'est sur sa seconde moitié que le concert s'avère artistiquement le plus convaincant : lorsque, sous la débauche de lumières sophistiquées, Genesis replonge dans ses meilleures archives. Qu'il s'agisse des tubes FM des années 80 comme « Invisible Touch » ou « I Can't Dance », ou des pépites de sa première incarnation. Les chansons de la période initiale du répertoire (avec Peter Gabriel et Steve Hackett) étincellent dans un répertoire par ailleurs méchamment daté : l'instrumental « Firth of Fifth » et son déchirant solo de guitare électrique (remarquablement exécuté par Stuermer), l'hymne pop-folk « I Know What I Like », l'intro de « Selling England By The Pound » ou la chanson « The Lamb Lies Down on Broadway »…

En final, la ballade « The Carpet Crawlers » a même réussi à faire sentir un peu d'intimité dans la démesure de ce show intitulé « The Last Domino ». Puis les musiciens se sont éclipsés, d'un pas lent et sans élan démonstratif, après 2 h 30 de concert. Presque un requiem pour une époque révolue. Fidèle à sa tradition, Genesis présente un light-show spectaculaire et sophistiqué.

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