La romancière et philosophe Mazarine Pingeot, qui préside aux destinées du festival Philosophia, salue une édition « formidable ». La thématique du « jeu » a fait consensus. Comment détermine-t-on le succès d’un festival comme Philosophia ? La fréquentation, bien sûr, le retour des fidèles, les commentaires des nouveaux venus… Et bien sûr la qualité intrinsèque des interventions, qui a forgé au cours des ans la réputation de ces rencontres, sur les hauteurs de Saint-Émilion – mais aussi à Libourne et Pomerol.
« Il est encore un peu tôt pour une vraie synthèse », sourit la philosophe Mazarine Pingeot, présidente de l’association Idées nouvelles, organisatrice du festival, dont l’édition 2024 s’est refermée dimanche 26 mai sur un grand entretien avec l’écrivain Jacques Attali. Le sujet était pourtant un peu casse-gueule. « Le jeu » dans tous ses états, hors du seul périmètre un peu facile, car imposé, des Jeux olympiques. « J’avoue malgré tout que cette année, au tout début, je ne voyais pas trop ce que nous allions pouvoir faire (rires). Mais nous avons eu des intervenants formidables. Et une grande variété de thèmes abordés. »
Culture pop et rajeunissement du public
Le pari a été gagnant. Les conférences, constate Mazarine Pingeot, ont connu une fréquentation très honorable, voire complète pour certaines. « Y compris dans la salle des Dominicains, dont la jauge est pourtant énorme. Il y avait déjà du monde à attendre pour l’ouverture du Philo Lab’, à l’entrée de la salle gothique, le dimanche matin à 9 heures ! Je suis très fière de tout cela. » L’astrophysicien Jean Audouze était présent pour débattre avec la philosophe Sophie Geoffrion sur « Le hasard, le jeu, la créativité ».
Le festival cherche sans cesse de nouveaux publics. « Nos habitués ont en général entre 50 et 70 ans. Mais nous avons eu cette année le renfort d’étudiants de Sciences Po Bordeaux, qui ont fondé leur propre association de philosophie, Temper(r)ance. Ils ont fait venir un public beaucoup plus jeune, en organisant un escape game, ainsi qu’une conférence sur les rapports entre la philosophie et la culture pop. » Le programme d’ateliers et de rencontres « Philosophia hors les murs », cher au cœur de Mazarine Pingeot, a pour vocation, lui, d’éveiller le jeune public dans les établissements scolaires.
Intriguer, titiller, séduire
De la même manière, les organisateurs espèrent intriguer les « simples » touristes, titiller leur curiosité, les séduire. Et les convertir à la philo dans ce qu’elle a de plus dynamique ? « Pourquoi pas ? J’ai ce très beau souvenir d’une mère de famille venue en vacances en Gironde, qui est entrée dans la salle des Dominicains parce que ses enfants avaient besoin d’aller aux toilettes. Elle a assisté à l’une de nos conférences. Elle se débrouille depuis pour venir chaque année, les trois jours, en louant un hébergement. »
La manifestation séduit aussi les intervenants les plus prestigieux, dont beaucoup reviennent d’une année sur l’autre. « Nous avons bien sûr un carnet d’adresses. Mais le bouche-à-oreille fonctionne. La manifestation séduit par la qualité des débats mais aussi par celle de l’accueil. Le soutien des châteaux, qui hébergent nos invités, est primordial. Cela participe à l’ambiance. L’intelligence, le lieu sublime, les vignes… Et bien sûr le vin. Tout est là ! » Le thème de l’an prochain ? Mystère. « On va vite y travailler… »



