Sorti en 1972, le deuxième film de Clint Eastwood en tant que réalisateur, « L'Homme des hautes plaines », fut immédiatement classé comme une sorte d'appendice officieux des westerns-spaghettis de Sergio Leone. Le pitch reprend en effet nombre d'ingrédients de la « trilogie des dollars » : un homme sans nom (Clint) manipule les habitants d'une petite ville qui l'implorent de les protéger d'une bande de malfrats hostile. Plus secrètement, ce retour au genre qui l'a fait roi dialogue avec un autre film tourné un an auparavant par la star sous la direction de Don Siegel, son mentor hollywoodien : « Les Proies », échec commercial cuisant mais chef-d'œuvre néanmoins, que Sofia Coppola, en signant un remake inutile en 2017, a remis en lumière.
Un conquistador rusé et tyrannique
« L'Homme des hautes plaines » apparaît même comme l'exacte symétrie de ce vénéneux huis clos où un beau et doucereux intrus (Eastwood) était phagocyté par les occupantes d'un pensionnat de jeunes filles. Partant d'un postulat équivalent (l'étranger qui s'introduit dans une communauté structurée), « L'Homme des hautes plaines » retourne ainsi méthodiquement chaque attribut du film de Siegel. À la grande maison coquette mais oppressante qui servait de cadre à ce dernier, le village de Lago, planté au bord d'un immense lac salé, propose ici une vision diamétralement opposée de l'enfer, territoire post-apocalyptique ouvert aux quatre vents.
Eastwood en arpente les rues en conquistador rusé, tyrannique et sûr de sa force, là où son personnage des « Proies », figure patriarcale de pacotille, perdait peu à peu le contrôle en passant d'un lit à l'autre. Les deux films se rejoignent d'ailleurs quant à leur mise en scène de la sexualité : la séduction et le désir sont les leviers d'un jeu de pouvoir sadique, qui sert selon les cas de révélateur psychologique ou de couperet moral.
Une méfiance tenace envers l'autorité
Plus largement, « L'Homme des hautes plaines » prolonge le même constat d'anthropologiste grinçant établi par « Les Proies » qui nourrira par la suite la plupart des films d'Eastwood : une méfiance tenace envers l'autorité, les institutions et les masses, dont la force sournoise et les mécanismes grégaires corrompent la probité des individus comme leur altérité.
Diffusé ce mardi 30 juin à 20h50 sur Ciné+ Classic, ce western américain de Clint Eastwood (1972) dure 1h30 et met en scène Clint Eastwood, Verna Bloom, Marianna Hill et Geoffrey Lewis. Il est également disponible à la demande sur myCANAL. Selon le critique Guillaume Loison, il s'agit de l'un des westerns les plus dérangeants et fascinants des années 1970.



