Un dilemme musical pour les amateurs de la région
Le hasard du calendrier crée une situation exceptionnelle ce vendredi 20 février 2026. Deux artistes majeurs originaires d'Occitanie se produisent simultanément dans leur ville natale respective, créant un véritable derby musical entre Montpellier et Nîmes. D'un côté, le rappeur Yuston XIII investit la grande salle de Paloma à Nîmes. De l'autre, le pianiste Rémi Panossian et son trio RP3 sont attendus au JAM de Montpellier.
Yuston XIII : l'énigme sombre du rap français
Né à Nîmes il y a vingt-neuf ans, Liam Bette, alias Yuston XIII, a construit en moins de cinq ans une carrière hors normes. Sans battage médiatique excessif, il a rassemblé une communauté solide de 800 000 followers et cumulé plus de 100 millions de streams pour son premier maxi Origine. Son parcours scénique est tout aussi impressionnant : après avoir rempli successivement la Boule Noire, la Cigale et l'Olympia, il a conquis le Zénith de Paris.
Son premier album Les enfants du chaos, publié fin janvier, propose vingt titres qui explorent les confins les plus sombres du rap, de la chanson et du parlé-chanté. Autodidacte complet, Yuston XIII écrit ses textes empreints de peurs et de doutes, produit ses propres instrumentales et réalise la plupart de ses clips. Son univers musical s'inspire du lyrisme de Lewis Capaldi, de la majesté orchestrale de Hans Zimmer et de la puissance du rappeur NF.
Sur scène, il développe une atmosphère unique accompagné d'une formation inhabituelle : violoncelle, deux altos, deux percussionnistes et un guitariste-claviériste. Ce vendredi à Paloma, les spectateurs peuvent s'attendre à une expérience sensorielle totale.
Rémi Panossian : le jazz voyageur aux influences coréennes
Depuis quinze ans, Rémi Panossian enchante le public avec son trio RP3, formé avec Maxime Delporte à la basse et Frédéric Petitprez à la batterie. Fidèle au JAM de Montpellier où il a fait ses classes, le pianiste y présente son huitième album studio : 88888888 (Naïve).
Le chiffre 8, symbole d'infini et de prospérité dans la culture asiatique, est répété huit fois pour marquer ce huitième opus. Mais la véritable originalité réside dans l'enregistrement : le trio s'est rendu en Corée du Sud, pays devenu une véritable terre d'adoption après de multiples tournées dans des salles combles.
L'influence coréenne se manifeste dans les titres des morceaux comme You must believe in springroll, Meiji jingu ou Hello kimchi, mais surtout dans une énergie moderne et sophistiquée. Leur jazz, comparable au cinéma coréen qu'ils admirent, joue avec virtuosité des ruptures de ton et des contrastes esthétiques, mêlant sentimentalisme, moments délirants et instants de grâce pure.
Un choix cornélien pour les mélomanes
Ce derby musical pose un véritable casse-tête aux amateurs de la région. Faut-il privilégier l'univers sombre et cinématographique de Yuston XIII à Nîmes, ou l'énergie sophistiquée et voyageuse de Rémi Panossian à Montpellier ? Les deux artistes, bien que radicalement différents dans leur approche, partagent une même exigence artistique et une capacité à créer des univers musicaux complets.
La simultanéité de ces concerts témoigne de la vitalité culturelle de l'Occitanie, capable de produire et d'accueillir des artistes de niveau national tout en conservant des liens forts avec leur territoire d'origine. Pour ceux qui ne pourront se dédoubler, une seule certitude : quelle que soit la salle choisie, la soirée promet d'être mémorable.



